L’Office of the Comptroller of the Currency a approuvé le 2 septembre la demande de création d’OpenReserve Bank, National Association. Le dossier avait été déposé le 13 avril.

Le siège prévu se trouve à Salt Lake City, dans l’Utah. La banque n’est pas encore ouverte et l’approbation obtenue ne l’autorise pas à commencer ses activités.

210 millions avant de pouvoir réellement commencer

L’OCC demande à OpenReserve de réunir au moins 210 millions de dollars de capital initial libéré, nets des dépenses d’organisation et de préouverture.

Le régulateur impose également un ratio de levier Tier 1 d’au moins 12 % pendant les trois premières années d’exploitation.

OpenReserve dispose de douze mois pour satisfaire l’exigence de capital et de dix-huit mois pour commencer ses activités, sauf prolongation ou modification accordée par le régulateur.

L’entreprise doit encore franchir d’autres étapes, notamment obtenir l’assurance des dépôts auprès de la FDIC et satisfaire les exigences nécessaires avant l’autorisation finale de l’OCC.

Ce n’est pas une charte de trust crypto

C’est probablement la partie la plus intéressante du dossier.

OpenReserve demande une charte de banque nationale à service complet. Une fois toutes les autorisations obtenues, son modèle peut donc couvrir les activités bancaires classiques comme les dépôts et le crédit, en plus des services liés aux actifs numériques.

Le plan d’activité présenté à l’OCC mentionne les dépôts et prêts, les paiements et la trésorerie, des services sur actifs numériques, la banque correspondante internationale ainsi qu’une plateforme de banking-as-a-service.

Les dépôts doivent également pouvoir disposer de capacités tokenisées.

L’idée centrale est de faire circuler l’argent quand les rails bancaires s’arrêtent

OpenReserve se présente comme une infrastructure de « continuous banking ». Le terme est marketing, mais le problème qu’il désigne est très concret : une blockchain fonctionne à toute heure, alors que plusieurs infrastructures bancaires ou de marché restent contraintes par des fenêtres d’ouverture et de règlement.

La société veut donc réunir sur un même registre programmable des flux bancaires traditionnels et des actifs pouvant être réglés on-chain.

Son site décrit notamment des dépôts tokenisés, des paiements, des services de conservation, des produits de trésorerie, des financements adossés à des actifs et des titres tokenisés.

Aucun de ces services bancaires n’est actuellement offert par OpenReserve Bank, qui reste juridiquement « in organization ».

Un stablecoin est prévu, mais dans une structure séparée

OpenReserve prépare également ReserveUSD, ou rUSD, présenté comme un stablecoin destiné aux marchés de capitaux et conçu pour fonctionner dans le cadre du GENIUS Act.

Le projet passe par une filiale distincte qui doit gérer l’émission, le rachat et les opérations liées au stablecoin.

Cette partie ne doit pas être confondue avec l’autorisation bancaire du 2 septembre. La filiale stablecoin relève d’un processus réglementaire séparé et OpenReserve n’a pas encore reçu une autorisation générale lui permettant de lancer rUSD comme conséquence automatique de la charte bancaire préliminaire.

La garde crypto se retrouve dans le même périmètre que le crédit

Le modèle devient inhabituel parce qu’il rassemble des activités que l’industrie crypto a souvent séparées.

Une société de custody garde les actifs. Un émetteur produit le stablecoin. Une plateforme gère les transactions. Une banque traditionnelle prend les dépôts et accorde les crédits.

OpenReserve cherche à rapprocher plusieurs de ces briques sous une structure bancaire fédérale, avec des périmètres juridiques distincts lorsque le droit l’exige.

Le gain potentiel est surtout opérationnel pour les entreprises : moins de ruptures entre cash bancaire, actifs numériques, trésorerie et règlement.

L’OCC demande aussi de montrer l’architecture informatique

La blockchain n’allège pas les exigences de contrôle bancaire.

Parmi les conditions de préouverture, OpenReserve doit fournir au régulateur une description complète de son architecture informatique et opérationnelle, accompagnée notamment d’une analyse des risques et d’un plan de gestion.

Une revue de sécurité indépendante et des tests de la plateforme de banque électronique sont également demandés avant l’ouverture.

C’est moins vendeur qu’un stablecoin fonctionnant 24 heures sur 24. Pour une banque, c’est précisément le genre de détail qui compte.

25 millions levés, 210 millions exigés

OpenReserve avait annoncé une levée de fonds de 25 millions de dollars menée par a16z crypto.

Coinbase Ventures, Jump Capital, Acrew, Wintermute, Clocktower, Quona et d’autres investisseurs figurent parmi les soutiens communiqués autour du projet.

L’écart avec le capital bancaire exigé par l’OCC donne une bonne mesure de la différence entre financer une startup fintech et capitaliser une banque.

Les fondateurs viennent de MoneyLion

OpenReserve est notamment porté par Dee Choubey et Richard Correia, deux anciens dirigeants de MoneyLion.

Choubey avait fondé la fintech en 2012. Correia en a été président et directeur financier avant de rejoindre le projet OpenReserve.

L’équipe réunit aussi des profils venus de la sécurité, de la banque et de la régulation, un choix assez prévisible pour une entreprise qui tente précisément de faire entrer des infrastructures on-chain dans le périmètre d’une banque fédérale.

Le vrai changement est institutionnel

Pendant des années, la question posée aux banques était de savoir jusqu’où elles pouvaient toucher aux cryptomonnaies.

OpenReserve inverse le trajet : une entreprise construite autour des rails blockchain essaie désormais de devenir elle-même une banque nationale complète.

Elle n’y est pas encore. Il reste l’assurance FDIC, le capital, les contrôles de sécurité, les autorisations finales et la mise en service.

Pour l’instant, le document le plus important du projet reste donc celui de l’OCC. Huit pages, plusieurs conditions et 210 millions de dollars à réunir.