Bitcoin termine la semaine nettement moins confortablement qu'il ne l'avait commencée. La cryptomonnaie est passée sous les 77 000 dollars jeudi avant de remonter autour de 77 300 dollars, tout en restant en baisse de plus de 5 % sur la semaine.
Le reste du marché a encaissé davantage. Lors de la séance de baisse, l'indice CoinDesk 20 a perdu environ 3 %, tandis que 95 des 100 actifs suivis par le CoinDesk 100 évoluaient dans le rouge.
La Fed revient hanter les marchés
Le déclencheur est surtout macroéconomique. L'inflation américaine a accéléré en août : l'indice des prix à la consommation a progressé de 0,4 % sur un mois et de 3,4 % sur un an. Hors alimentation et énergie, la hausse mensuelle atteint 0,3 %.
Le marché obligataire a immédiatement rappelé pourquoi cela compte pour Bitcoin. Le rendement du Treasury américain à dix ans s'est approché de 5 %, tandis que les investisseurs ont fortement augmenté leurs paris sur une hausse des taux lors de la prochaine réunion de la Réserve fédérale.
À la fin de la séance de vendredi, les marchés attribuaient près de 90 % de probabilité à une hausse d'un quart de point.
Un Bitcoin sans rendement face à des obligations proches de 5 %
Le problème est assez mécanique. Bitcoin ne verse ni coupon ni dividende. Lorsque les obligations souveraines américaines offrent des rendements élevés avec un risque beaucoup plus faible, conserver du capital sur un actif volatil devient plus difficile à justifier pour certains investisseurs.
Les taux plus élevés renchérissent aussi le coût du levier. Ce détail compte énormément dans un marché crypto où futures, prêts et positions financées restent omniprésents.
Le contraste est assez cruel : l'une des grandes promesses narratives de Bitcoin consiste à servir de protection contre la dépréciation monétaire, mais une remontée de l'inflation peut d'abord provoquer exactement l'effet inverse sur son prix si elle pousse la banque centrale à resserrer sa politique.
Les ETF Bitcoin commencent aussi à rendre de l'argent
Les flux des ETF spot américains ajoutent une deuxième pression. Selon les données compilées par Farside Investors, les fonds ont enregistré environ 46,6 millions de dollars de sorties nettes le 8 septembre, 120,2 millions le 9 septembre puis 282,7 millions le 10 septembre.
Cela représente près de 450 millions de dollars retirés en trois séances.
Il faut garder la proportion en tête : depuis leur lancement, les ETF Bitcoin américains affichent encore plus de 55 milliards de dollars de flux nets cumulés. Trois journées négatives ne suffisent donc pas à parler d'exode institutionnel. Elles montrent simplement que le canal qui avait longtemps servi de soutien au marché peut lui aussi fonctionner dans l'autre sens.
Le pétrole complique encore l'équation
La remontée des prix de l'énergie n'aide pas. Le Brent a dépassé 100 dollars le baril sur fond de tensions au Moyen-Orient, ce qui entretient les craintes d'inflation et réduit la marge de manœuvre de la Fed.
C'est probablement le point le plus important pour les prochains jours. Bitcoin n'est pas isolé dans une crise crypto : il réagit à un repricing beaucoup plus large du coût de l'argent, visible aussi sur les obligations, les actions et le dollar.
76 270 dollars devient le niveau à regarder
Sur le marché crypto, plusieurs analystes surveillent désormais la zone des 76 270 dollars, qui correspond à un support technique important depuis le rallye d'août. Bitcoin s'en est approché sans le casser durablement.
Une stabilisation des rendements obligataires pourrait lui offrir un peu d'air. À l'inverse, une Fed plus agressive que prévu remettrait rapidement cette zone sous pression.
Pour l'instant, Bitcoin tient autour de 77 000 dollars. Avec un Treasury à dix ans qui flirte avec 5 %, ce n'est déjà plus tout à fait le même marché qu'il y a quelques semaines.