Nasdaq a annoncé l'accord le 10 septembre.

L'investissement sera réalisé par Nasdaq Ventures, sa branche consacrée aux investissements stratégiques dans les technologies et infrastructures de marché.

Le montant est fixé à 100 millions de dollars.

Selon Bloomberg, l'opération valorise Payward autour de 21 milliards de dollars.

Payward est la société qui regroupe notamment Kraken, xStocks, NinjaTrader et plusieurs autres activités financières.

Nasdaq et Kraken travaillent ensemble depuis mars

Le chèque de 100 millions n'arrive pas au début de la relation.

Nasdaq et Payward avaient annoncé en mars un partenariat visant à relier des titres issus de l'infrastructure financière traditionnelle aux rails de tokenisation de Payward.

Kraken apporte son environnement de trading crypto et xStocks.

Nasdaq apporte son expérience des marchés réglementés, de la surveillance, du post-trade et des droits attachés aux titres.

La nouvelle annonce transforme donc un partenariat technique en relation financière beaucoup plus étroite.

Les Nasdaq Equity Tokens sont désormais attendus au deuxième trimestre 2027

Le nom du projet est NETs, pour Nasdaq Equity Tokens.

Nasdaq indique viser un lancement au deuxième trimestre 2027.

Ce calendrier reste un objectif prospectif et non une garantie de commercialisation.

Les deux partenaires doivent encore construire l'infrastructure opérationnelle et commerciale nécessaire à la distribution, au trading et au post-trade.

La réglementation peut également modifier le calendrier ou les modalités selon les juridictions.

Une action tokenisée n'est pas simplement une crypto qui copie le cours de Nvidia

C'est probablement la distinction la plus importante du projet.

Un token peut techniquement suivre le prix d'une action sans donner à son détenteur les mêmes droits que l'action elle-même.

On peut alors posséder une créance, un produit synthétique ou un actif représentant économiquement le titre sans être inscrit exactement comme actionnaire de la société.

Nasdaq affirme vouloir éviter ce découplage avec les NETs.

Son architecture est pensée autour de la conservation des droits et protections associés aux titres concernés.

Le droit de vote et les opérations sur titres deviennent un problème informatique

Une vraie action n'est pas uniquement un prix qui monte ou descend.

Elle peut donner accès à des droits de vote, recevoir un dividende, participer à un split ou être affectée par une fusion, une offre publique ou d'autres opérations sur titres.

Déplacer la représentation de l'action sur une blockchain impose donc de synchroniser tous ces événements.

Un système incapable de gérer correctement les dividendes ou les votes ne reproduit qu'une partie de l'instrument financier d'origine.

C'est précisément ce que Nasdaq place au centre de sa stratégie de tokenisation.

xStocks doit servir de pont avec l'écosystème crypto

Payward dispose déjà d'une infrastructure de titres tokenisés baptisée xStocks.

Le partenariat prévoit une interopérabilité entre cet environnement et les futurs NETs.

L'enjeu dépasse donc l'inscription d'un token dans une base de données privée.

Nasdaq veut pouvoir faire circuler les titres entre différentes infrastructures tout en conservant leur statut et les protections prévues pour les investisseurs.

Cette circulation entre monde boursier et réseaux blockchain sera l'une des parties les plus difficiles à industrialiser.

Le véritable objectif est un marché qui ne ferme plus

Nasdaq parle explicitement d'« always-on markets ».

Les réseaux blockchain n'ont pas besoin d'attendre l'ouverture de Wall Street pour enregistrer une transaction.

Bitcoin, Ethereum et les principaux exchanges crypto fonctionnent en continu.

Une infrastructure de titres construite sur des rails comparables pourrait donc prolonger fortement les horaires de négociation et de règlement.

Cela ne signifie toutefois pas qu'une action Nasdaq classique se négociera automatiquement 24 heures sur 24 dès 2027.

Horaires de marché, liquidité, règles de cotation, disponibilité des teneurs de marché et juridictions restent des contraintes distinctes de la technologie.

Le règlement sur blockchain attaque surtout le temps passé entre achat et livraison

Arjun Sethi, co-CEO de Payward, a mis en avant la mécanique du clearing américain.

Selon les chiffres cités par Payward, plus de 2 000 milliards de dollars d'actions passent chaque jour par le système de compensation américain.

La majorité des achats et ventes se compensent entre eux avant le règlement final.

La chambre de compensation immobilise néanmoins des milliards de dollars de collatéral pendant cette période.

Le passage américain de T+2 à T+1 en 2024 avait déjà raccourci ce délai.

Payward avance qu'un règlement on-chain peut aller plus loin en réduisant encore l'attente entre transaction et livraison définitive.

Instantané ne signifie pas automatiquement plus efficace dans toutes les situations

Le clearing traditionnel possède aussi un avantage : le netting.

Des milliers de transactions opposées peuvent être compensées avant que seuls les soldes restants soient réellement réglés.

Régler chaque mouvement individuellement et immédiatement peut réduire certains risques mais augmenter les besoins de liquidité dans d'autres scénarios.

La question n'est donc pas simplement de remplacer « lent » par « rapide ».

Le système doit préserver les économies de netting tout en profitant d'un registre programmable et d'un règlement plus flexible.

Kraken adoptera aussi la surveillance de marché de Nasdaq

Le partenariat ne fonctionne pas dans un seul sens.

Payward prévoit d'utiliser la technologie de surveillance de marché de Nasdaq sur l'ensemble de ses plateformes.

Cela couvre la crypto, les actions, les actions tokenisées, les futures et les options.

Ces systèmes cherchent notamment à repérer des schémas de manipulation, des comportements anormaux ou certaines formes d'abus de marché.

C'est un signal assez clair sur la direction prise par Kraken : davantage d'actifs traditionnels signifie également davantage d'infrastructure issue des marchés traditionnels.

La frontière entre exchange crypto et courtier classique devient floue

Kraken n'est plus limité au bitcoin et aux altcoins.

Payward a progressivement élargi ses activités vers les dérivés, les actions et les infrastructures financières.

Dans l'autre direction, Nasdaq construit Digital Liquidity Networks, une activité annoncée en août qui rassemble infrastructures de liquidité, tokenisation et technologies destinées aux actifs numériques.

Les deux mondes se rencontrent donc au milieu.

L'exchange crypto veut devenir une plateforme multi-actifs tandis que l'opérateur boursier veut rendre son infrastructure compatible avec des marchés programmables.

Le montant de 100 millions est important, mais ce n'est pas un rachat

Nasdaq n'achète pas Kraken.

Il s'agit d'un investissement minoritaire stratégique dans Payward via Nasdaq Ventures.

La valorisation de 21 milliards de dollars rapportée par Bloomberg place le ticket de 100 millions à moins de 1 % de cette valeur théorique.

Les conditions exactes de la participation n'ont pas toutes été détaillées publiquement.

L'intérêt est surtout l'alignement industriel créé par l'opération.

2027 sera surtout le test de la différence entre tokeniser un prix et tokeniser une action

Créer un jeton qui suit Apple ou Tesla est techniquement beaucoup plus simple que reconstruire autour de ce jeton toute la mécanique d'un titre réglementé.

Il faut connaître le propriétaire, appliquer les restrictions juridictionnelles, gérer les opérations sur titres, surveiller le marché, assurer le règlement et maintenir un lien fiable avec l'action sous-jacente.

Nasdaq et Payward essaient précisément de construire cette seconde catégorie.

C'est pour cela que le projet est plus significatif qu'un simple nouvel exchange crypto proposant des actions synthétiques.

La blockchain entre dans la Bourse par l'infrastructure, pas par le bitcoin

L'investissement de Nasdaq ne constitue pas un pari direct sur le cours du bitcoin.

Il porte sur une architecture financière.

Le pari est que les qualités recherchées dans les réseaux crypto — fonctionnement continu, programmabilité et règlement sur registre partagé — peuvent être utilisées pour des instruments beaucoup plus traditionnels.

Si les NETs arrivent comme prévu en 2027, le résultat le plus important ne sera donc probablement pas de voir une action transformée en joli token dans une application.

Ce sera de vérifier si elle peut passer d'un marché réglementé vers des rails blockchain sans perdre, quelque part pendant le trajet, ce qui en faisait réellement une action.