Le mot laser ne dit presque plus assez de choses

Un vidéoprojecteur peut être commercialisé comme « laser » sans préciser immédiatement comment la lumière est générée. L’une des architectures les plus répandues utilise un laser bleu associé à des matériaux phosphorescents ou à d’autres éléments optiques pour recréer les couleurs nécessaires à l’image.

Le triple laser RGB procède autrement. Une source rouge, une verte et une bleue sont utilisées directement. Chez Hisense, cette famille porte notamment le nom TriChroma.

TriChroma n’est donc pas le concurrent du laser. C’est une architecture laser particulière.

BenQ vient justement de franchir cette frontière

L’IFA 2026 marque un changement notable chez BenQ. Les W4200 et TK715i deviennent les premiers vidéoprojecteurs home-cinéma de la marque équipés d’un moteur triple laser RGB.

Les deux utilisent un moteur Qualas 42 de Nichia associé à une puce DLP de 0,47 pouce. BenQ annonce 3 200 lumens ANSI et une couverture de 99 % du DCI-P3.

Le W4200 vise davantage une installation home-cinéma, tandis que le TK715i se positionne comme un appareil plus polyvalent pour le salon et le jeu.

Le 5 septembre, BenQ consacre d’ailleurs une session de son programme IFA à sa nouvelle technologie ERA RGB et à un problème qui accompagne directement ce choix : le speckle.

Le gain principal se voit dans les couleurs

Avec trois primaires laser distinctes, le constructeur peut produire des rouges, verts et bleus beaucoup plus saturés sans dépendre autant de transformations intermédiaires de la lumière.

Les espaces colorimétriques très larges deviennent alors plus accessibles. Hisense annonce par exemple 118 % du BT.2020 pour le XR10 et la nouvelle famille C3.

Ce chiffre dépasse même la surface nominale du triangle BT.2020 lorsqu’il est exprimé selon certaines méthodes de mesure de gamut. Il ne faut pas le lire comme « 118 % des couleurs visibles ».

La couverture d’un gamut ne dit pas non plus si chaque couleur est juste. La calibration, le traitement vidéo, le contraste et le comportement de la machine selon son niveau de luminosité restent déterminants.

Hisense pousse désormais le triple laser de 3 000 à 6 000 ANSI lumens

La série C3 présentée à Berlin montre à quel point cette technologie descend rapidement dans plusieurs niveaux de gamme.

Le C3 Pro est annoncé à 3 000 ANSI lumens, le C3 Ultra à 4 000 et le C3 Ultra Max à 5 000.

Tous trois utilisent une source triple laser RGB, affichent une définition 4K UHD et peuvent projeter entre 65 et 300 pouces. Hisense annonce également un gamut atteignant 118 % du BT.2020 et une durée de vie de la source supérieure à 25 000 heures.

Le C3 Pro et le C3 Ultra possèdent un zoom optique 1,6x et un lens shift de ±100 % verticalement et ±35 % horizontalement. Le C3 Ultra Max passe à un zoom 2x, avec ±120 % en vertical et ±47 % en horizontal.

Les prix annoncés pour l’Europe sont respectivement de 2 499, 2 999 et 3 999 euros, avec une disponibilité prévue au quatrième trimestre 2026.

Le XR10 monte à 6 000 ANSI lumens sans abandonner le RGB

Un cran plus haut, le Hisense XR10 utilise lui aussi une source triple laser RGB au sein du moteur LPU 3.0.

Hisense annonce 6 000 ANSI lumens. L’appareil peut projeter de 65 à 300 pouces et possède un zoom optique 2,38x avec un rapport de projection allant de 0,84 à 2,0:1.

Le lens shift atteint ±130 % sur l’axe vertical et ±46 % sur l’horizontal. C’est une amplitude inhabituelle sur un projecteur lifestyle et beaucoup plus utile pour une installation propre que la correction numérique du trapèze.

Un iris dynamique à six lamelles donne un contraste natif annoncé à 6 000:1 et jusqu’à 60 000:1 en dynamique. Ces données restent celles du constructeur.

6 500 ISO lumens chez JMGO : la course à la luminosité continue

Hisense n’est pas seul. Le JMGO Iris Ultra Max présenté mondialement à l’IFA monte jusqu’à 6 500 ISO lumens avec son propre moteur triple laser.

Il ajoute une définition 4K à 120 Hz, un contraste natif annoncé à 10 000:1, du VRR, de l’ALLM et un zoom optique allant de 0,88 à 1,7:1.

Il est annoncé à 3 499 dollars, avec des premières livraisons prévues le 19 octobre.

Attention toutefois aux unités. ANSI lumens, ISO lumens et autres métriques propriétaires ne doivent pas être comparés comme s’il s’agissait nécessairement du même protocole de mesure.

Le triple laser possède aussi un défaut très particulier : le speckle

Un laser est une source lumineuse extrêmement cohérente. Lorsqu’elle frappe une surface de projection, cette cohérence peut créer une texture granuleuse et scintillante visible par certains spectateurs.

C’est le speckle.

Le phénomène n’est pas équivalent au bruit d’une vidéo ou au grain d’un film : il apparaît dans le système optique et dépend également de l’écran, de l’angle de vision et de la sensibilité du spectateur.

BenQ communique précisément sur un système destiné à réduire ce speckle avec son moteur ERA RGB. Hisense revendique de son côté une technologie de réduction du phénomène sur le XR10.

Et le fameux effet arc-en-ciel n’a pas totalement disparu

Une autre question concerne les projecteurs DLP à puce unique. Certains utilisateurs perçoivent de brefs éclats colorés lorsqu’ils déplacent rapidement les yeux ou lorsqu’un élément blanc très lumineux apparaît sur un fond noir.

L’utilisation de trois lasers ne supprime pas automatiquement ce phénomène. La manière dont les couleurs sont séquencées et le fonctionnement du moteur DLP restent importants.

AWOL, qui présente à Berlin le LuxVision RGB triple laser 4K 120 Hz, met d’ailleurs en avant une deuxième génération de technologie Anti-RBE destinée à réduire ces artefacts.

Un projecteur laser classique garde plusieurs avantages

Le triple RGB n’annule pas l’intérêt des systèmes laser plus simples.

Une architecture laser-phosphore peut coûter moins cher, limiter certains problèmes de speckle et offrir une luminosité élevée sans nécessiter trois émetteurs laser distincts et toute l’optique qui les accompagne.

Pour un utilisateur qui regarde principalement des films et séries en SDR ou HDR dans un espace colorimétrique plus conventionnel, la largeur maximale du gamut n’est qu’un élément parmi beaucoup d’autres.

Un bon objectif, un contraste convaincant et une calibration correcte peuvent avoir davantage d’impact qu’une fiche annonçant simplement « RGB ».

Les vrais critères d’achat sont ailleurs que dans le mot TriChroma

Pour une salle dédiée, le contraste, le niveau de noir, le bruit de fonctionnement et la souplesse du lens shift comptent énormément.

Dans un salon lumineux, la puissance lumineuse et surtout l’écran utilisé deviennent beaucoup plus importants. Un projecteur de plusieurs milliers de lumens envoyé sur un mur clair reste soumis à la lumière ambiante.

Le jeu ajoute la fréquence, la latence, le VRR et les entrées HDMI. Les nouveaux C3 prennent par exemple en charge un mode HSR jusqu’à 240 Hz en 1080p, tandis que certains projecteurs dévoilés à l’IFA poussent désormais la 4K à 120 Hz.

À l’IFA 2026, le triple laser commence surtout à devenir normal

Hisense l’utilise désormais sur une gamme allant du projecteur lifestyle C3 au XR10 de 6 000 ANSI lumens. JMGO grimpe à 6 500 ISO lumens. AWOL l’installe dans un ultra-courte-focale 4K 120 Hz.

Et BenQ, longtemps attaché à d’autres architectures laser pour son home-cinéma, vient enfin de passer au RGB avec les W4200 et TK715i.

Le changement est là. En 2026, demander seulement si un vidéoprojecteur est « laser » commence à ressembler à demander si un téléviseur est simplement « LCD ». Il faut désormais regarder ce qui produit réellement les couleurs.