La FSC a présenté sa feuille de route le 4 septembre lors de la troisième réunion de son groupe public-privé consacré aux security tokens.

L’idée est beaucoup plus large qu’un nouveau marché crypto. Le régulateur veut progressivement connecter l’émission, la circulation, la conservation et le règlement de titres financiers traditionnels à une infrastructure numérique utilisant des registres distribués.

Le 4 février 2027 devient la vraie date de départ

Une réforme de l’Electronic Registration Act doit entrer en vigueur ce jour-là. Elle reconnaît juridiquement les security tokens comme une forme numérisée de valeurs mobilières.

La première phase restera volontairement limitée.

Les autorités veulent commencer par des fonds monétaires privés et certaines obligations réservées aux investisseurs institutionnels. Les actions non cotées pourront également être tokenisées via une structure de trust, tandis que des titres d’investissement fractionné proposés au public entreront dans le dispositif.

Pour les actions non cotées, le montage est important : l’action elle-même peut rester enregistrée dans le système existant tandis que l’investisseur reçoit un titre bénéficiaire tokenisé représentant ses droits dans la structure.

La deuxième étape vise les titres proposés au public

Si la première phase fonctionne correctement, la FSC prévoit d’étendre l’infrastructure à l’ensemble des catégories de titres offerts publiquement.

Le régulateur cite explicitement les actions, obligations et fonds parmi les instruments destinés à entrer progressivement dans ce nouveau cadre.

Ce n’est donc pas un projet de marché parallèle réservé à quelques actifs atypiques. La cible finale touche directement des produits déjà au cœur des marchés financiers classiques.

Les courtiers existants n’auront pas besoin d’une nouvelle licence uniquement pour la tokenisation

La FSC prévoit que les maisons de titres et sociétés de courtage déjà autorisées puissent gérer des titres tokenisés sans devoir obtenir une licence supplémentaire consacrée uniquement à cette technologie.

La logique réglementaire est assez nette : un titre reste un titre, même si son registre repose sur une architecture distribuée.

Les nouvelles infrastructures devront néanmoins se connecter au Korea Securities Depository et respecter des exigences spécifiques sur la tenue des comptes, la sécurité informatique et la continuité de service.

Les émetteurs non bancaires pourront gérer directement certains comptes, sous conditions

Le futur régime crée aussi le statut d’issuer account management institution.

Un émetteur répondant aux critères pourra gérer lui-même les comptes associés à ses titres tokenisés au lieu de dépendre systématiquement d’une banque ou d’une société de titres.

La FSC prévoit notamment un minimum de 4 milliards de wons de capitaux propres ainsi que des personnels dédiés à la gestion des comptes, au contrôle interne et aux systèmes informatiques.

Les registres distribués devront également respecter des standards portant sur leurs participants, les mécanismes de consensus, la conservation des informations et les procédures prévues en cas d’incident.

Les plateformes OTC auront des limites pour les particuliers

La circulation hors marché réglementé bénéficie elle aussi d’un cadre spécifique.

Les opérateurs de plateformes OTC devront consulter le Financial Supervisory Service, et les particuliers seront soumis à une limite annuelle d’achat net de 100 millions de wons par plateforme selon la feuille de route actuelle.

Séoul veut ouvrir un marché nouveau sans reproduire le modèle d’une plateforme crypto où chaque actif et chaque opérateur fonctionnent avec leurs propres règles.

La troisième étape est celle qui rapproche réellement le système des cryptomonnaies

Le dernier stade prévu par la FSC vise une infrastructure de paiement et de règlement entièrement on-chain.

Les stablecoins pourraient y jouer un rôle.

L’idée est qu’un titre tokenisé et l’actif utilisé pour le payer puissent être transférés dans une infrastructure numérique cohérente, plutôt que d’avoir une jambe sur blockchain et l’autre dans un système bancaire traditionnel fonctionnant selon un calendrier différent.

Cette troisième phase n’a toutefois pas de date ferme.

La FSC précise qu’elle dépendra des résultats obtenus en première phase, du rythme d’adoption technologique par les acteurs financiers et surtout de la future législation sud-coréenne sur les stablecoins.

Un règlement on-chain change davantage de choses que la simple représentation d’une action par un token

Tokeniser un titre sans modifier son règlement peut finalement ne déplacer qu’une partie de l’infrastructure.

Le saut devient plus profond lorsqu’émission, transfert du titre et paiement peuvent être coordonnés sur les mêmes rails numériques. C’est là que des promesses comme le règlement quasi immédiat ou certains fonctionnements continus deviennent techniquement envisageables.

Elles ne deviennent pas automatiquement souhaitables pour autant. Les marchés ont toujours besoin de mécanismes de correction, de contrôle, de gestion des erreurs et de procédures lorsqu’un système ou un participant tombe en panne.

La blockchain devra atteindre le niveau de fiabilité de l’infrastructure qu’elle remplace

La FSC demande au Korea Securities Depository d’établir des critères standardisés pour examiner les registres distribués proposés par les institutions.

Les tests doivent notamment vérifier les fonctions d’émission et de circulation, mais aussi les scénarios d’erreur et les plans de continuité d’activité.

Le régulateur exige explicitement un niveau de stabilité comparable au système électronique de titres existant.

Séoul regarde déjà ce qui se passe à New York et Hong Kong

Les autorités sud-coréennes citent plusieurs expériences étrangères pour construire leur modèle.

La FSC mentionne notamment le fonds tokenisé BUIDL de BlackRock et les obligations vertes tokenisées de Hong Kong. Elle compte également suivre les programmes pilotes de marchés comme le NYSE et le Nasdaq.

Le Korea Exchange doit jouer un rôle central dans le développement du marché organisé sud-coréen.

2027 sera un lancement, pas l’arrivée immédiate d’une Bourse entièrement on-chain

La première phase commencera en février 2027 avec un périmètre délibérément restreint.

Les textes réglementaires secondaires doivent encore préciser plusieurs éléments, notamment les titres autorisés, les règles des plateformes OTC et les conditions applicables aux nouveaux gestionnaires de comptes.

La FSC prévoit une consultation autour de ces textes dès septembre 2026.

La tokenisation générale des marchés sud-coréens vient donc d’obtenir une feuille de route. Le stablecoin utilisé pour régler un jour une action tokenisée, lui, n’existe pas encore dans ce cadre.