La Financial Services Commission a publié sa nouvelle orientation le 4 septembre, après la troisième réunion de son groupe de travail public-privé consacré aux titres tokenisés.

Le point de départ juridique est déjà connu. Les amendements sud-coréens à la législation sur les titres électroniques et les marchés de capitaux entreront en vigueur le 4 février 2027.

Les titres enregistrés via un registre distribué pourront alors être traités juridiquement comme des titres financiers, avec les règles de marché, de divulgation et de protection des investisseurs qui les accompagnent.

La première étape commence par les marchés les plus faciles à encadrer

Séoul ne mettra pas immédiatement toutes les actions cotées sur blockchain.

La phase 1 commencera avec des fonds monétaires privés destinés aux institutionnels et des obligations privées. Les investissements fractionnés déjà présents dans l’écosystème sud-coréen pourront également être tokenisés dans ce nouveau cadre.

Les actions non cotées emprunteront une voie plus prudente. Les actions continueront d’exister dans le système traditionnel, tandis qu’un trust pourra émettre un titre tokenisé représentant le droit économique correspondant.

C’est une nuance importante : au départ, « action tokenisée » ne signifie donc pas forcément que l’action elle-même quitte complètement le registre financier existant pour vivre exclusivement sur une blockchain.

Les actions et obligations publiques viendront ensuite

La deuxième phase élargira l’infrastructure aux titres distribués par offre publique.

La FSC ne donne pas encore de date ferme. Le régulateur veut d’abord observer la stabilité de la première étape et finaliser les textes d’application.

Il prévoit de proposer des révisions réglementaires complémentaires d’ici la fin septembre 2026 avant de fixer plus précisément la suite du calendrier.

La troisième phase change le règlement lui-même

C’est ici que le sujet rejoint directement les stablecoins.

La FSC veut à terme construire une infrastructure où le titre et son paiement peuvent être réglés on-chain. Le régulateur cite explicitement la possibilité de relier ce règlement à des stablecoins.

Le document ne désigne toutefois aucune monnaie stable particulière et ne précise pas encore quelles règles encadreraient les actifs utilisés pour le paiement.

Il n’annonce pas non plus que les règlements actuels seront supprimés. La phase 3 reste une orientation d’infrastructure, pas un système déjà opérationnel.

Pourquoi mettre les deux jambes de la transaction sur blockchain ?

Tokeniser uniquement le titre laisse une partie de la transaction dans l’ancien système. Le jeton peut changer de propriétaire sur un registre distribué pendant que le paiement passe encore par des rails bancaires classiques et un mécanisme de règlement séparé.

Avec un actif de paiement on-chain, les deux mouvements peuvent théoriquement être coordonnés beaucoup plus étroitement : transfert du titre et transfert de la valeur.

C’est là qu’apparaît la promesse de règlement atomique. Soit les deux côtés de l’échange sont exécutés, soit aucun ne l’est.

La promesse est élégante. Les questions juridiques sur la finalité du paiement, le statut du stablecoin, la récupération après erreur et la responsabilité des intermédiaires sont nettement moins élégantes.

Les courtiers traditionnels ne sont pas évincés

La Corée du Sud choisit clairement l’intégration au système financier existant plutôt qu’un marché parallèle entièrement construit par des acteurs crypto.

Selon la FSC, les sociétés de courtage et entreprises d’investissement déjà autorisées pourront traiter des titres tokenisés sans demander une licence entièrement nouvelle.

Les plateformes de négociation de gré à gré auront en revanche des obligations supplémentaires et devront consulter la Financial Supervisory Service avant leur activité.

Pour les particuliers utilisant ces plateformes OTC, le régulateur prévoit une limite annuelle d’achats nets de 100 millions de wons par plateforme, soit environ 74 000 dollars au taux de change indiqué lors de l’annonce.

Même l’émetteur pourra parfois tenir le registre

Le modèle prévoit aussi qu’un émetteur non bancaire puisse, sous conditions, administrer lui-même les comptes liés à ses titres tokenisés.

Le seuil annoncé comprend au moins 4 milliards de wons de fonds propres ainsi que des équipes dédiées à la gestion des comptes, à la conformité et à l’informatique.

Les acteurs qui ne remplissent pas ces exigences devront passer par des institutions qualifiées.

KRX et Korea Securities Depository restent dans la plomberie

Le projet ne cherche pas à supprimer les grandes infrastructures sud-coréennes de marché.

La FSC prévoit de travailler avec la Korea Securities Depository sur l’infrastructure de tokenisation et évoque un développement du marché organisé autour de Korea Exchange.

Le régulateur cite notamment les pilotes du NYSE et du Nasdaq lorsqu’il décrit la manière dont un marché de titres numériques peut rester connecté à une infrastructure boursière réglementée.

BlackRock et Hong Kong servent de références

La Corée du Sud ne construit pas cette feuille de route dans le vide.

La FSC cite le fonds tokenisé BUIDL de BlackRock ainsi que les obligations vertes tokenisées de Hong Kong parmi les exemples internationaux étudiés.

Dans les deux cas, la blockchain ne remplace pas la réglementation financière. Elle intervient comme nouvelle couche d’émission, de tenue de registre ou de règlement au sein d’un cadre institutionnel.

Ce projet n’est pas une migration complète de la Bourse en 2027

Le raccourci serait tentant : « la Corée du Sud met sa Bourse sur blockchain en février ».

Ce n’est pas ce que dit le calendrier.

Le 4 février 2027 ouvre la première phase et donne un cadre juridique à la nouvelle infrastructure. Les offres publiques arrivent seulement dans une étape ultérieure, et le règlement par stablecoin encore après.

Les dates des deuxième et troisième phases ne sont pas encore arrêtées.

La blockchain entre ici par la porte de service

Il n’est question ni de memecoin, ni de rendement DeFi à deux chiffres, ni de remplacer le courtier par un portefeuille anonyme.

Le projet parle de registres, de dépositaire, de règlement, de capital minimum et d’intermédiaires autorisés. C’est précisément ce qui le rend plus significatif qu’une nouvelle plateforme expérimentale.

Séoul tente de faire de la tokenisation une pièce de son marché de capitaux existant. La première échéance est le 4 février 2027.