Bitcoin s'échange autour de 77 000 dollars après avoir perdu une partie de la hausse qui l'avait conduit vers 82 000 dollars au début du mois.
La baisse n'est pas associée à un événement propre au protocole Bitcoin. Le problème vient cette fois presque entièrement de l'environnement macroéconomique : inflation américaine plus ferme, pétrole cher, rendements obligataires élevés et perspective d'un nouveau tour de vis de la Réserve fédérale.
Le marché parie désormais très clairement sur une hausse de taux
Les contrats de taux attribuent environ 85 à 87 % de probabilité à une hausse de 25 points de base lors de la réunion de la Fed des 15 et 16 septembre.
La banque centrale maintient actuellement son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Elle l'a laissé inchangé depuis le début de l'année.
Le changement de perception a été suffisamment important pour faire bouger Goldman Sachs. Le 14 septembre, la banque a abandonné son scénario de statu quo et prévoit désormais elle aussi une hausse de 25 points de base.
Goldman précise que ce changement repose moins sur une modification radicale de ses prévisions économiques que sur le niveau atteint par les anticipations de marché. À ce stade, ne pas relever les taux constituerait presque la surprise.
L'inflation refuse de revenir gentiment à 2 %
Les chiffres d'août ont renforcé cette lecture. L'inflation américaine globale a progressé de 0,4 % sur un mois et atteint 3,4 % sur un an.
L'inflation sous-jacente, qui retire alimentation et énergie, a augmenté de 0,3 % sur le mois, contre 0,2 % attendu par les économistes. Elle ressort à 2,4 % sur un an.
La nuance est importante : les États-Unis ne revivent pas l'inflation de 2022, mais les chiffres n'offrent pas non plus à la Fed la trajectoire propre et régulière vers 2 % qu'elle aimerait voir.
Après plusieurs années de prix durablement supérieurs à l'objectif, quelques dixièmes suffisent à modifier très vite la discussion sur les taux.
Le pétrole ajoute exactement le mauvais type d'inflation
À cette inflation déjà collante s'ajoute le pétrole. Les tensions persistantes au Moyen-Orient ont ramené le Brent autour de 107 dollars le baril et le WTI au-dessus de 102 dollars lors des dernières séances.
La hausse de l'énergie est particulièrement désagréable pour les banques centrales parce qu'elle se diffuse dans les transports, la production industrielle et une multitude de prix intermédiaires.
Elle peut aussi ralentir l'activité en même temps qu'elle entretient l'inflation. Pour les marchés, ce mélange est nettement moins sympathique qu'une croissance robuste accompagnée d'une inflation proprement maîtrisée.
Bitcoin découvre de nouveau ce que signifie un rendement sans risque proche de 5 %
Le rendement des Treasuries américains à dix ans est brièvement remonté tout près de 5 % avant de refluer autour de 4,9 %.
Ce chiffre compte énormément pour Bitcoin sans qu'aucune blockchain n'intervienne dans l'équation. Quand un investisseur peut obtenir près de 5 % sur de la dette souveraine américaine, les actifs qui ne produisent aucun revenu doivent offrir une raison plus convaincante de supporter leur volatilité.
Bitcoin ne verse ni coupon ni dividende. Son rendement dépend uniquement de l'évolution de son prix.
Plus le taux sans risque monte, plus cette absence de flux de trésorerie devient coûteuse en termes relatifs.
Les ETF ont retiré près de 450 millions de dollars en trois séances
La prudence apparaît aussi dans les ETF Bitcoin spot américains.
Selon les données de Farside Investors, les fonds ont enregistré 46,6 millions de dollars de sorties nettes le 8 septembre, puis 120,2 millions le 9 et 282,7 millions le 10.
Cela représente environ 449,5 millions de dollars de retraits nets sur trois séances consécutives.
La séance du 11 septembre a ensuite pratiquement stoppé l'hémorragie, avec seulement quelques millions de dollars d'entrées nettes selon les données disponibles. Le mouvement ressemble donc davantage à une brusque réduction du risque qu'à une fuite continue et incontrôlée.
C'est aussi très peu face aux dizaines de milliards de dollars d'entrées cumulées par les ETF depuis leur lancement. Trois journées rouges ne constituent pas à elles seules un effondrement de la demande institutionnelle.
Le « golden cross » n'a pas déclenché la fusée promise
Bitcoin avait pourtant fourni aux amateurs d'analyse technique un signal traditionnellement considéré comme haussier : sa moyenne mobile à 50 jours est récemment passée au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours.
Ce fameux golden cross est souvent présenté comme le début potentiel d'un nouveau mouvement de hausse.
Le problème est qu'il arrive généralement tard. Bitcoin était déjà remonté d'environ 62 000 à 82 000 dollars avant la formation du signal, puis il est revenu vers 77 000 dollars.
Ce comportement n'est pas inédit. Plusieurs golden crosses des dernières années sont apparus après une grande partie du mouvement de hausse et ont été suivis d'une correction à court terme.
Le support autour de 76 000 dollars devient plus intéressant que les slogans
Le bitcoin évolue désormais près d'une zone dans laquelle les acheteurs ont déjà réagi plusieurs fois.
Une cassure durable sous les 76 000 dollars ne prouverait évidemment pas qu'un nouveau marché baissier commence. Elle montrerait en revanche que le rebond vers 82 000 dollars n'a pas suffi à reconstruire une tendance haussière propre.
À l'inverse, absorber une hausse de taux de la Fed tout en conservant cette zone donnerait un signal assez intéressant sur la profondeur de la demande.
Bitcoin peut être une réserve de valeur et rester sensible aux taux
Il n'y a pas nécessairement contradiction entre les deux idées.
Bitcoin peut être utilisé par certains investisseurs comme couverture contre la dépréciation monétaire à long terme tout en restant, à court terme, un actif extrêmement liquide vendu dès que le coût du capital augmente ou que les portefeuilles réduisent leur exposition au risque.
C'est précisément ce que le marché semble montrer cette semaine.
Le prochain mouvement important pourrait donc être décidé moins par un wallet, un ETF ou une mise à jour du protocole que par quelques mots prononcés par la Fed mercredi.