Le projet discuté à Washington prendrait pour référence la Financial Industry Regulatory Authority, la FINRA, qui supervise directement une partie de l’industrie financière américaine sous le contrôle de la SEC.

Dans sa version IA, l’organisme envisagé examinerait les modèles les plus avancés et pourrait les soumettre à des tests de risque avant un déploiement plus large. Plusieurs hauts responsables de la Maison-Blanche soutiendraient cette piste.

L’existence du débat est rapportée par plusieurs personnes proches des discussions. En revanche, il n’existe pas à ce stade de texte réglementaire final, de décret créant cette structure ni de transcription publique de l’appel entre Trump et Zuckerberg.

Trump aurait lui-même passé l’appel

Selon une personne informée de la conversation, c’est Donald Trump qui aurait appelé Zuckerberg. Un haut responsable de la Maison-Blanche directement au courant de l’échange affirme que le dirigeant de Meta s’est opposé au projet.

Une deuxième source donne une version légèrement plus nuancée : Zuckerberg n’aurait pas explicitement demandé au président d’abandonner le projet. Il aurait plutôt insisté sur le fait que les personnes chargées de superviser une telle structure devraient refléter l’approche relativement légère de l’administration Trump en matière de régulation de l’IA.

Meta a refusé de commenter publiquement le contenu détaillé de la conversation. La Maison-Blanche a pour sa part déclaré vouloir maintenir un équilibre entre innovation et sécurité.

L’idée vient en partie de Demis Hassabis

Le modèle de régulation actuellement discuté a notamment été défendu par Demis Hassabis, directeur de Google DeepMind. Il a proposé cet été la création d’un organisme de standards inspiré de la FINRA capable d’évaluer les risques des systèmes d’IA avancés.

L’objectif serait moins de créer immédiatement une administration classique que d’établir une structure spécialisée capable de tester les modèles frontier avant qu’ils ne soient diffusés à très grande échelle.

Des responsables américains ont présenté cette piste à Trump ainsi qu’à plusieurs grandes entreprises du secteur, parmi lesquelles Meta, OpenAI et Anthropic, au cours du mois d’août.

Le désaccord porte beaucoup sur le délai avant sortie

Zuckerberg a déjà exposé publiquement une position assez cohérente avec les réserves rapportées lors de l’appel. Dans un long texte publié par Meta en août, il défend une diffusion large des futurs systèmes de superintelligence et met en garde contre des mécanismes susceptibles de centraliser leur contrôle ou de ralentir l’industrie américaine.

Son argument est également géopolitique. Meta considère qu’un retard réglementaire peut devenir significatif lorsque les écarts entre les meilleurs laboratoires américains et leurs concurrents se mesurent parfois en quelques mois.

Cela ne signifie pas que Zuckerberg demande au gouvernement de rester complètement à l’écart. Sa proposition publique prévoit au contraire que les laboratoires donnent plus tôt aux autorités américaines accès à certains checkpoints intermédiaires et mettent leurs ingénieurs à contribution pour renforcer les infrastructures critiques.

Le gouvernement obtiendrait ainsi davantage de visibilité avant la sortie d’un modèle sans imposer, dans la vision de Meta, une file d’attente réglementaire préalable à son lancement.

Washington hésite entre contrôle spécialisé et autorégulation

La Maison-Blanche examinerait au moins deux architectures. La première reste cette structure inspirée de la FINRA, avec une supervision relativement formalisée des modèles avancés.

L’autre ressemblerait davantage au système de classification adopté par l’industrie américaine du cinéma : des standards et évaluations organisés par le secteur lui-même, avec beaucoup moins d’intervention directe du gouvernement.

David Sacks, ancien responsable de l’IA et des cryptomonnaies auprès de Trump, s’est publiquement opposé à un régulateur gouvernemental de type FINRA. Il a comparé une telle structure à un « DMV for AI », une administration où les modèles attendraient leur tour pour passer un test avant d’obtenir le droit de sortir.

Il défend plutôt un système d’autorégulation inspiré de la Motion Picture Association. Elon Musk soutiendrait également cette seconde approche, selon les propos rapportés de Sacks.

Pendant ce temps, le gouvernement teste déjà des modèles

Le débat n’est plus totalement théorique. L’administration américaine a commencé à examiner volontairement certains modèles puissants avant leur lancement.

Cette semaine, OpenAI a indiqué que le gouvernement avait bénéficié d’un accès préalable à GPT-6 Astra dans le cadre d’un processus de revue. Le modèle est le premier d’OpenAI à atteindre son niveau Critical pour les capacités de cybersécurité.

Sam Altman a décrit cette collaboration avec les autorités comme constructive tout en appelant à un cadre plus clair. Ce point le place dans une position assez différente d’un refus pur et simple de toute supervision, même si OpenAI n’a pas publiquement approuvé le projet FINRA tel qu’il est actuellement discuté.

La position officielle américaine reste pourtant très dérégulatrice

Au G20 consacré aux technologies organisé cette semaine en Caroline du Nord, l’administration Trump a encore poussé une approche internationale très légère de la réglementation.

Les « Carolina Principles » présentés par le conseiller scientifique de la Maison-Blanche Michael Kratsios demandent notamment aux gouvernements de ne créer de nouvelles contraintes que lorsque les risques ne peuvent pas être traités par les cadres existants.

Cette orientation rend le débat interne plus intéressant. Les États-Unis défendent publiquement une limitation des nouvelles règles tout en examinant, en parallèle, une structure dédiée à l’évaluation des modèles les plus puissants.

Le projet de régulateur national reste à l’étude. Aucune décision finale de Donald Trump n’a été annoncée.