Le mouvement est brutal. Zcash avait encore évolué autour de 200 dollars en mars et affiche désormais une progression mensuelle voisine de 94 % au moment du franchissement des 1 000 dollars.

Sa capitalisation s'est rapprochée de 17 milliards de dollars.

Il faut néanmoins éviter un raccourci historique : ZEC avait connu des prix beaucoup plus élevés immédiatement après ses premières cotations en 2016, dans un marché extrêmement peu liquide. Le niveau atteint le 4 septembre constitue surtout un sommet depuis 2018 dans des conditions de marché beaucoup plus établies.

Le ZCSH change la manière d'acheter du Zcash

Grayscale a lancé The Zcash ETF sur NYSE Arca le 25 août sous le ticker ZCSH, après conversion de son ancien Zcash Trust.

Le produit permet d'obtenir une exposition au ZEC depuis un compte de courtage traditionnel sans avoir à acheter les jetons directement, gérer une adresse ou conserver des clés privées.

Au 4 septembre, le fonds avait enregistré environ 34,4 millions de dollars d'entrées nettes depuis son lancement selon les données de Grayscale reprises par The Block.

Le 2 septembre constitue pour l'instant sa meilleure séance avec environ 12,6 millions de dollars d'entrées.

Ce total de 34,4 millions est probablement conservateur : les données des 3 et 4 septembre étaient encore incomplètes au moment du relevé.

Un ETF n'explique pas seul une hausse de 94 %

Le calendrier est séduisant : lancement du produit le 25 août, accélération des flux puis ZEC au-dessus de 1 000 dollars dix jours plus tard.

Ce n'est pas pour autant une preuve que chaque dollar de hausse provient du ZCSH. Le marché crypto dans son ensemble rebondissait également, Bitcoin ayant de nouveau dépassé 80 000 dollars pendant la même séquence.

Les produits dérivés ont ajouté leur propre carburant. Le 4 septembre, les volumes de futures ZEC sur 24 heures dépassaient 8 milliards de dollars selon les données CoinGlass rapportées par ForkLog, contre environ 694 millions sur le marché spot. L'open interest atteignait environ 2,3 milliards de dollars.

À ce niveau, le levier compte beaucoup.

Les mineurs ont vu le prix, puis ils ont branché des machines

La puissance du réseau Zcash, souvent exprimée en solrate pour son algorithme Equihash, tournait autour de 25 GSol/s à la fin du mois d'août.

Elle a brièvement dépassé 30 GSol/s début septembre.

La hausse n'arrive pas de nulle part. Cypherpunk Technologies avait notamment lancé en août une flotte de minage Zcash représentant environ 4,2 GSol/s de puissance annoncée, dans le cadre d'une opération de 33,33 millions de dollars avec Winklevoss Capital.

Plus de ZEC par dollar ne veut pas dire plus de marge pour chaque mineur

C'est la partie contre-intuitive du rallye.

Quand le prix du ZEC augmente, la récompense obtenue par un mineur vaut davantage en dollars. Mais lorsque beaucoup de nouvelles machines rejoignent simultanément le réseau, chaque unité de calcul se retrouve face à davantage de concurrence pour une quantité de blocs qui, elle, n'explose pas.

TheEnergyMag estimait qu'un Antminer Z15 Pro générait environ 708 dollars de revenu brut par mégawattheure d'électricité au moment du passage de ZEC à quatre chiffres.

Le 24 août, avant le lancement du fonds et alors que ZEC valait moins de 900 dollars, l'estimation atteignait environ 727 dollars par MWh.

Le prix de la monnaie avait monté. Le rendement brut rapporté à l'énergie avait baissé d'environ 3 %.

Le Z15 Pro donne une idée de l'échelle industrielle du réseau

Bitmain donne son Antminer Z15 Pro pour 840 KSol/s sur Equihash, avec une consommation typique de 2 780 watts et une efficacité de 3,31 J/KSol à 25 °C.

Une seule machine reste donc très loin du GSol/s. Déplacer le réseau de plusieurs GSol/s suppose des milliers d'ASIC supplémentaires ou quelques déploiements industriels de taille significative.

C'est aussi pourquoi la croissance du solrate est intéressante au-delà du cours : du capital est engagé dans du matériel, de l'électricité et des infrastructures qui ne se démontent pas aussi rapidement qu'une position sur un exchange.

Zcash revient pourtant de trois mois particulièrement agités

Le graphique des six derniers mois n'est pas simplement une belle ligne ascendante.

Début juin, la découverte d'une vulnérabilité critique dans l'ancien pool Orchard avait révélé qu'un attaquant aurait théoriquement pu créer des ZEC contrefaits sans détection. Le problème avait été corrigé et les analyses publiées indiquaient qu'une exploitation réelle semblait peu probable.

Le marché n'avait pas attendu les conclusions : ZEC avait perdu près de la moitié de sa valeur pendant la crise.

Le réseau a ensuite activé Ironwood fin juillet, avec notamment un nouveau pool shielded et un mécanisme de migration destiné à permettre la vérification de l'intégrité de l'offre pendant le déplacement des fonds.

L'argument de la confidentialité revient aussi au premier plan

Zcash permet des transactions transparentes, mais aussi des transactions shielded reposant sur des preuves à divulgation nulle de connaissance.

Ces dernières peuvent masquer des informations comme l'expéditeur, le destinataire et le montant selon le type de transaction utilisé.

Grayscale pousse désormais explicitement cette caractéristique dans sa thèse d'investissement. Son équipe de recherche estime notamment que l'IA facilite l'analyse et le rapprochement de données publiques, ce qui pourrait renforcer la demande pour des outils protégeant les informations financières.

C'est un argument de gestionnaire d'actifs, pas une démonstration que la demande future suivra automatiquement.

1 000 dollars change surtout l'économie autour de Zcash

Le franchissement du seuil attire naturellement l'attention sur le prix. Les données plus intéressantes sont peut-être celles qui l'entourent.

Un produit coté fournit désormais une exposition directe au ZEC sur NYSE Arca. Les flux dépassent déjà plusieurs dizaines de millions de dollars. Le solrate a franchi 30 GSol/s et la concurrence entre mineurs augmente assez vite pour rogner leurs revenus unitaires malgré un ZEC plus cher.

Le prochain bloc, lui, ne rapporte pas davantage simplement parce que le graphique vient de passer quatre chiffres.