La caméra est neuve, le parc de projection ne l'est pas
The Odyssey occupe une place assez étrange dans l'histoire de l'IMAX. Côté tournage, le film introduit du matériel récent : Christopher Nolan, Hoyte van Hoytema et IMAX ont travaillé autour de The Keighley, une nouvelle caméra film, accompagnée notamment d'un blimp sonore conçu pour rendre la prise de son synchrone plus praticable.
IMAX indique que la production a consommé environ 2,1 millions de pieds de pellicule. Le résultat est le premier long métrage destiné aux salles tourné intégralement avec des caméras IMAX film.
À l'autre bout de la chaîne, la situation est presque inverse. Les projecteurs capables de restituer une copie IMAX 70 mm sont rares et doivent être entretenus, restaurés ou réinstallés. Lorsque le film atteignait son premier mois d'exploitation, IMAX ne recensait que 41 auditoriums proposant cette présentation dans le monde.
Une copie de film n'a rien d'un fichier DCP
La logistique explique une partie de cette rareté. Une copie IMAX 70 mm de The Odyssey mesure environ 11 miles, soit près de 18 kilomètres, et pèse autour de 600 livres, plus de 270 kilos. Elle doit être montée, inspectée et projetée par du personnel qui connaît encore ce type de machine.
Pour préparer la sortie, IMAX a fait appel à environ 130 projectionnistes expérimentés et imposé une semaine de formation intensive. Certaines salles doivent même faire venir des spécialistes lorsque l'expertise n'existe plus localement.
Le goulet d'étranglement n'est donc pas la demande. C'est la capacité à maintenir suffisamment de projecteurs fonctionnels, de copies disponibles et de techniciens capables de les exploiter pendant plusieurs semaines.
Le 30 septembre devient un test d'endurance
La mise à jour du 3 septembre ajoute de nouvelles séances IMAX 70 mm jusqu'au 30 septembre. Cette extension est techniquement plus intéressante qu'un simple maintien sur quelques écrans numériques : chaque semaine supplémentaire immobilise du matériel physique et prolonge les besoins en exploitation spécialisée.
L'opération semble néanmoins rentable. Le 10 août, IMAX annonçait déjà 37,5 millions de dollars de recettes pour les seules salles IMAX 70 mm. L'ensemble du réseau IMAX avait alors généré 289 millions de dollars avec le film, un record pour l'entreprise.
Une démonstration difficile à généraliser
The Odyssey montre ce que peut produire une chaîne de cinéma conçue presque de bout en bout autour d'un grand format analogique : caméra dédiée, négatif massif, copies physiques, projection spécifique et salles capables d'afficher l'image dans les conditions prévues.
Il montre aussi pourquoi cette chaîne reste exceptionnelle. Richard Gelfond, patron d'IMAX, expliquait cet été que l'entreprise ne fabrique pas simplement de nouveaux projecteurs film pour équiper son réseau : les machines existantes doivent être retrouvées, rénovées et adaptées. Le réseau global d'IMAX compte près de 1 900 systèmes, mais seule une fraction minuscule peut projeter The Odyssey en IMAX 70 mm.
Les nouvelles séances ne règlent pas ce problème d'échelle. Elles prolongent simplement jusqu'au 30 septembre l'un des rares cas où une infrastructure aussi contraignante dispose d'une demande suffisante pour continuer à tourner.