La photographie au 22 septembre donne immédiatement une idée des écarts. Selon les données de marché recensées par CompaniesMarketCap et les clôtures disponibles, Nvidia tourne autour de 5 526 milliards de dollars de capitalisation. Alphabet se situe aux environs de 4 248 milliards, Microsoft à 3 697 milliards et Amazon à 2 750 milliards.

Ce classement ne mesure évidemment pas la valeur de leur seule activité IA. Alphabet possède Google et YouTube, Microsoft vend Office et Windows, Amazon reste un géant du commerce électronique et Meta vit encore très largement de la publicité. La capitalisation représente l'entreprise entière. C'est précisément ce qui rend la comparaison intéressante : l'IA se greffe sur des groupes dont les machines à cash existaient déjà.

Le classement donne des ordres de grandeur assez brutaux

  • Nvidia : environ 5 526 milliards de dollars
  • Alphabet : environ 4 248 milliards
  • Microsoft : environ 3 697 milliards
  • Amazon : environ 2 750 milliards
  • Meta : environ 1 876 milliards
  • Broadcom : environ 1 728 milliards
  • AMD : environ 1 018 milliards
  • Oracle : environ 451 milliards
  • CoreWeave : environ 48 milliards

Les valeurs bougent évidemment à chaque séance. Il faut donc lire cette liste comme une photographie de marché, pas comme un classement gravé dans le silicium.

Le cas Nvidia domine tout de même le tableau. Le groupe vaut aujourd'hui plus de cinq fois AMD et environ 115 fois CoreWeave. Ce n'est pas seulement une prime accordée au GPU : les investisseurs valorisent aussi CUDA, les réseaux, les systèmes complets et la place prise par Nvidia dans presque toute la chaîne des centres de données IA.

AMD franchit un cap que personne n'aurait pris au sérieux il y a quelques années

AMD a dépassé le seuil des 1 000 milliards de dollars de capitalisation en septembre. Reuters attribue ce passage à un regain d'enthousiasme pour les infrastructures IA et à la progression du groupe au-delà de la simple vente de composants, avec une stratégie davantage orientée vers les systèmes complets.

La comparaison historique pique un peu. AMD terminait encore 2025 autour de 350 milliards de dollars. La société a donc pratiquement triplé de valeur en 2026 dans les données de CompaniesMarketCap.

Broadcom reste devant avec environ 1 728 milliards. Son exposition est différente : réseaux, semi-conducteurs et accélérateurs personnalisés pour de grands clients cloud. Deux entreprises peuvent donc profiter de la même vague IA sans vendre exactement le même produit.

Les hyperscalers jouent dans une autre catégorie

Alphabet et Microsoft restent les deux mastodontes les plus proches de Nvidia parmi les grands acteurs directement engagés dans la course aux modèles. Leur avantage n'est pas seulement technique. Ils possèdent déjà les centres de données, les clouds, les logiciels professionnels, les canaux de distribution et les milliards de clients potentiels.

Amazon se retrouve un cran plus bas en capitalisation avec environ 2 750 milliards de dollars, mais AWS en fait toujours un acteur essentiel de l'infrastructure. Meta approche 1 900 milliards tout en dépensant massivement dans ses propres modèles, ses centres de données et son matériel.

Additionnés, Nvidia, Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta, Broadcom, AMD, Oracle et CoreWeave dépassent 21 000 milliards de dollars de capitalisation. Ce total n'est pas un "marché de l'IA" au sens comptable, puisque leurs revenus dépassent largement ce secteur. Il donne simplement une idée de la taille des entreprises qui se disputent aujourd'hui cette couche technologique.

OpenAI et Anthropic ne sont pas en Bourse

C'est là qu'il faut éviter le comparatif trompeur. OpenAI et Anthropic restent des sociétés privées : elles n'ont donc pas de capitalisation boursière observable minute par minute.

Les dernières discussions de financement rapportées par Reuters et le Financial Times donnent néanmoins un point de comparaison. OpenAI a discuté d'une levée susceptible de dépasser 1 200 milliards de dollars de valorisation, tandis qu'Anthropic a récemment été valorisé autour de 965 milliards.

Ce sont des valorisations privées négociées lors d'opérations de financement, pas des capitalisations boursières. Le prix résulte d'un petit nombre de transactions entre investisseurs et ne possède ni la liquidité ni la découverte de prix quotidienne d'une action cotée.

Même avec cette énorme précaution, l'ordre de grandeur interpelle. La valorisation privée d'Anthropic équivaut presque à celle d'AMD en Bourse et dépasse largement Oracle. OpenAI, sur la base des discussions à plus de 1 200 milliards, entrerait dans la zone occupée par certains des plus grands groupes technologiques cotés.

CoreWeave montre l'autre visage de la ruée vers l'IA

CoreWeave est probablement le meilleur rappel qu'un acteur très visible dans l'écosystème n'est pas nécessairement gigantesque en Bourse. Le fournisseur de cloud spécialisé tourne autour de 48 milliards de dollars, malgré son rôle dans l'hébergement de charges de travail IA et ses contrats avec de grands laboratoires.

Oracle se situe à un peu plus de 450 milliards. Là encore, le marché distingue fortement celui qui fournit des capacités de calcul, celui qui possède les accélérateurs, celui qui développe les modèles et celui qui contrôle l'utilisateur final.

La course à l'IA ressemble donc moins à un classement unique qu'à plusieurs paris superposés. Wall Street paie très cher le fournisseur indispensable, accorde plusieurs milliers de milliards aux plateformes capables de monétiser l'IA auprès de milliards d'utilisateurs, et reste beaucoup plus sévère avec les infrastructures dont l'endettement et les dépenses en capital sont immédiatement visibles.

La vraie anomalie reste Nvidia

À environ 5 526 milliards de dollars, Nvidia dépasse à lui seul Microsoft d'environ 1 800 milliards et vaut plus de cinq CoreWeave multipliés par vingt. Le chiffre est tellement grand que les comparaisons deviennent rapidement absurdes.

Il dit pourtant quelque chose d'assez simple sur la phase actuelle du marché : les investisseurs attribuent encore la plus grosse prime au fournisseur situé au péage de l'infrastructure. Peu importe que le modèle gagnant s'appelle Claude, GPT, Gemini ou autre chose si une grande partie du calcul passe toujours par le même écosystème matériel.

C'est aussi ce qui rend le comparatif fragile. Une capitalisation de plusieurs milliers de milliards suppose que les profits futurs suivent. L'IA a déjà transformé la hiérarchie boursière de la tech ; elle doit maintenant justifier les prix.