Le chiffre est suffisamment gros pour attirer immédiatement l'attention, mais un détail compte avant tout le reste : au moment où ces informations sont recoupées, il ne s'agit pas encore d'une annonce officielle de Nvidia ou de Hugging Face.

The Information affirme que Nvidia a accepté de racheter Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, en citant une personne ayant connaissance de l'accord. Reuters a ensuite relayé cette information. Les deux entreprises n'avaient pas répondu à ses demandes de commentaire.

La prudence n'empêche pas de mesurer l'échelle de l'opération. Hugging Face avait été valorisé 4,5 milliards de dollars lors d'une levée de 235 millions en 2023. Nvidia faisait déjà partie des investisseurs, aux côtés notamment de Google, Amazon, Intel et Salesforce.

Hugging Face n'est pas simplement un catalogue de modèles

Réduire Hugging Face à un équivalent de magasin où télécharger quelques LLM ferait passer à côté de l'essentiel. Son Hub est devenu une couche de travail commune pour une grande partie de l'écosystème machine learning : modèles, datasets, bibliothèques, démonstrations, collaboration et déploiement s'y croisent.

La société se décrit elle-même comme une plateforme de collaboration pour la communauté du machine learning. Ce positionnement explique aussi pourquoi son indépendance compte. Les modèles hébergés ne viennent pas seulement de partenaires Nvidia ; la plateforme sert un écosystème beaucoup plus large, y compris des acteurs utilisant du matériel concurrent.

Nvidia et Hugging Face travaillent déjà ensemble depuis plusieurs années. En 2023, ils avaient annoncé l'intégration de DGX Cloud à la plateforme Hugging Face pour permettre aux développeurs d'accéder plus directement à la capacité de calcul Nvidia lors de l'entraînement et du fine-tuning. En 2025, cette collaboration s'étendait encore avec Training Cluster as a Service et DGX Cloud Lepton.

Une acquisition pour défendre les GPU avec du logiciel

The Information attribue à Nvidia une logique assez précise : favoriser la réussite des modèles ouverts pour maintenir un écosystème dans lequel son matériel reste central.

La menace n'est plus seulement AMD ou une autre entreprise vendant des accélérateurs. Google dispose de ses TPU, les grands fournisseurs cloud développent leurs propres puces et plusieurs laboratoires d'IA cherchent à réduire leur dépendance à Nvidia. Dans ce contexte, contrôler une plateforme utilisée pour distribuer et exécuter des modèles représente autre chose qu'une diversification de revenus.

Hugging Face pourrait devenir un point d'entrée vers le calcul Nvidia, ses bibliothèques et ses services. Nvidia a déjà tenté ce rapprochement par le partenariat. Un rachat ferait évidemment disparaître la distance qui restait entre les deux entreprises.

12,9 milliards pour une entreprise aux revenus encore modestes

Le prix rapporté donne aussi une idée de ce que Nvidia serait prêt à payer pour cette position. The Information estime les revenus annualisés de Hugging Face à environ 150 millions de dollars. Le même média rapporte que le nombre d'abonnés payants a doublé pendant le premier semestre 2026 et que le directeur général Clément Delangue décrivait récemment l'entreprise comme proche de la rentabilité.

La comparaison brute entre 150 millions de dollars de revenus et 12,9 milliards de prix d'acquisition est spectaculaire, mais Nvidia n'achèterait évidemment pas seulement le chiffre d'affaires actuel. La communauté, les dépôts de modèles, les outils et la place occupée par Hugging Face dans les workflows IA constituent l'autre partie du dossier.

Reuters rapporte également que Hugging Face avait refusé en 2025 une proposition d'investissement de 500 millions de dollars de Nvidia qui aurait valorisé la société à 7 milliards. Un an plus tard, le montant évoqué pour une acquisition complète est presque deux fois supérieur.

La neutralité de Hugging Face deviendrait une question très concrète

C'est probablement là que l'opération deviendrait la plus sensible pour les développeurs. Hugging Face s'est construit comme une plateforme transversale, utilisable quel que soit le fournisseur de cloud ou de GPU. Une propriété directe par Nvidia créerait naturellement des questions sur la manière dont cette neutralité serait maintenue.

Cela ne signifie pas que Nvidia supprimerait demain les optimisations AMD ou Intel, ni qu'il imposerait ses propres modèles. Rien dans les informations disponibles ne permet de l'affirmer. Mais les incitations économiques changeraient : le propriétaire de la plateforme serait également le premier fournisseur mondial du matériel utilisé pour faire fonctionner une grande partie de son contenu.

Il manque encore plusieurs pièces importantes, dont les modalités précises de l'accord, son calendrier et les éventuelles conditions réglementaires. Surtout, Nvidia et Hugging Face doivent encore parler publiquement. Tant que cette confirmation n'arrive pas, les 12,9 milliards de dollars restent ceux d'un accord rapporté par des sources de presse.