WIRED rapporte que Meta mène plusieurs expériences de robotique dans ses data centers américains. Le média s'appuie sur des employés actuels et anciens familiers des projets ; Meta a refusé de commenter directement les essais décrits.
Les machines ne poursuivent pas toutes la même ambition. Certaines réalisent déjà des tâches très élémentaires. D'autres tentent d'approcher le travail manuel relativement délicat d'un technicien placé devant une baie de serveurs.
Un bras Kinova pour couper et rétablir l'alimentation
Parmi les prototypes évalués figure le Kinova Gen3, un bras robotique articulé que Meta teste pour manipuler l'alimentation de serveurs : les éteindre, les rallumer ou leur couper physiquement le courant.
La tâche paraît modeste. Dans un data center, elle devient intéressante dès qu'elle peut être réalisée à distance, à n'importe quelle heure et sans envoyer un technicien jusqu'à une machine précise uniquement pour effectuer une manipulation de quelques secondes.
Un autre dispositif décrit par WIRED va encore plus loin dans la simplicité : une sorte de doigt robotisé peut appuyer sur le bouton d'alimentation d'un Mac mini ou d'un autre appareil lorsqu'un opérateur humain lui donne l'ordre à distance.
Le système ne diagnostique donc pas nécessairement lui-même la panne. Il matérialise à distance une instruction qui, jusqu'ici, nécessitait une présence physique.
Changer un câble est beaucoup plus difficile qu'appuyer sur un bouton
Meta expérimente aussi la manipulation des connexions réseau. À Altoona, dans l'Iowa, deux robots à deux bras conçus par Watney Robotics sont testés depuis juin 2025 sur certaines opérations de câblage, selon l'enquête.
Ils travaillent sous supervision humaine et ne sont pas encore aussi rapides qu'un technicien.
C'est là que l'écart entre une démonstration de robotique et la réalité d'un data center devient visible. Un connecteur doit être identifié, saisi correctement, retiré sans endommager le port puis replacé dans un environnement extrêmement dense. Le chemin jusqu'au rack compte aussi : câbles au sol, portes, angles serrés et batteries à recharger compliquent les déplacements.
WIRED rapporte que certains robots d'inventaire de Meta ont notamment du mal à franchir des câbles et nécessitent encore l'intervention d'un humain pour passer certaines portes.
Meta utilise déjà des robots, mais pour les tâches les plus faciles
La robotisation n'arrive pas de zéro. Meta avait montré dès 2023 un véhicule autonome chargé de transporter de lourds racks de serveurs ainsi qu'un robot roulant équipé d'un lecteur de codes-barres pour l'inventaire.
Ces machines sont désormais employées dans plusieurs installations, notamment en Iowa et en Virginie, d'après les sources de WIRED.
Le robot d'inventaire peut également participer aux inspections après incident, avec une limite étonnamment concrète : sa caméra ne distingue que des niveaux de gris. Il ne peut donc pas toujours déterminer si un voyant matériel est vert ou rouge, ce qui oblige encore un humain à vérifier certaines pannes.
À New Albany, dans l'Ohio, Meta testerait aussi des plateformes mobiles ABB munies d'un bras six axes. Elles peuvent remettre certains composants en place et pourraient progressivement recevoir davantage de tâches.
Les serveurs restent conçus pour des mains humaines
L'obstacle le plus profond n'est pas forcément le robot. Les data centers actuels ont été pensés autour des techniciens qui les entretiennent.
Connecteurs, loquets, boutons et chemins de câbles sont disposés pour qu'une personne puisse intervenir rapidement. Une machine doit reproduire toute cette dextérité dans un espace qui n'a jamais été conçu pour elle.
Un ancien employé de Meta interrogé par WIRED résume le problème en expliquant que les équipements ont été conçus pendant des années pour transformer de nombreuses réparations humaines en opérations de cinq minutes. Automatiser ces mêmes gestes peut demander de redessiner le matériel lui-même.
Meta reconnaîtrait d'ailleurs en interne que certaines interventions restent hors de portée, notamment le câblage particulièrement dense nécessaire aux systèmes Nvidia GB300.
L'objectif de long terme, lui, n'est pas secret
Meta n'a pas confirmé à WIRED le programme détaillé présenté par ses sources. Son intérêt pour la robotique de data center est cependant documenté publiquement.
Lors d'une conférence en 2025, Eric Xu, senior manager for robotics chez Meta, expliquait que l'objectif à long terme était d'introduire des robots dans ces installations. Il citait trois usages : accélérer la réponse aux incidents, surveiller l'environnement et assurer une partie de la maintenance préventive.
Depuis, la pression sur l'infrastructure s'est encore accrue. Meta explique exploiter ses propres data centers pour Facebook, Instagram, WhatsApp, Threads et Meta AI, et construit de nouvelles installations spécifiquement optimisées pour les charges IA.
Le groupe a annoncé en avril que son nouveau site de Tulsa serait son 28e data center aux États-Unis et son 32e dans le monde.
Automatiser alors que Meta recrute aussi des techniciens
L'effet potentiel sur l'emploi est la partie la moins mesurable du projet. Un salarié interrogé par WIRED estime qu'un robot de câblage réussi pourrait absorber jusqu'à 80 % de la charge de travail de certaines personnes. Il s'agit de son estimation, pas d'un objectif annoncé par Meta ni d'une mesure validée par l'entreprise.
Meta tient publiquement un discours différent. Son porte-parole Francis Brennan indique que l'entreprise a besoin de davantage de travailleurs qualifiés pour accompagner l'expansion de ses infrastructures.
Ce discours est soutenu par des investissements concrets. Meta a lancé America’s Workforce Academy, un programme gratuit de formation aux métiers techniques, avec 115 millions de dollars engagés pour la première année et un emploi garanti aux diplômés par ses partenaires. Les formations couvrent notamment la fibre et la construction de serveurs.
Les deux mouvements peuvent pour l'instant coexister : construire beaucoup plus de data centers demande davantage de personnel, tandis qu'une partie des opérations répétitives à l'intérieur de ces bâtiments devient automatisable.
Le test important sera moins spectaculaire qu'un humanoïde
La robotique de data center est souvent imaginée comme une armée de machines autonomes marchant entre les racks. Les expériences décrites chez Meta sont beaucoup plus fragmentées.
Un robot déplace des racks. Un autre inventorie le matériel. Un bras coupe l'alimentation. Un mécanisme appuie sur un bouton. Une autre machine tente de remplacer un câble.
Cette approche peut être plus réaliste qu'un robot universel, parce que chaque automatisation retire une intervention physique précise sans exiger qu'une seule machine sache reproduire tout le métier d'un technicien.
Pour l'instant, elles ont encore besoin d'humains pour les superviser, les déplacer, interpréter certaines pannes et effectuer les manipulations trop complexes.