Le marché mondial avance actuellement avec deux idées qui devraient théoriquement moins bien cohabiter. D'un côté, les investisseurs recommencent à payer cher les actifs de croissance, en particulier tout ce qui touche aux semi-conducteurs et à l'intelligence artificielle. De l'autre, l'inflation reste suffisamment tenace pour maintenir une pression haussière sur les taux directeurs et les rendements obligataires.
Pour l'instant, la première histoire gagne en Bourse.
Le Nasdaq retrouve son record grâce à l'IA
Le Nasdaq Composite a terminé la séance du 22 septembre sur un nouveau record, après avoir dépassé 27 200 points en séance. Le mouvement est largement porté par le retour de l'enthousiasme pour les grandes valeurs technologiques et par des résultats d'entreprises qui continuent de soutenir les dépenses dans l'intelligence artificielle.
Ce rebond est assez spectaculaire lorsqu'on regarde seulement quelques mois en arrière. Le Nasdaq avait corrigé de plus de 10 % depuis ses sommets de juillet lorsque les investisseurs avaient commencé à se demander si les centaines de milliards investis dans l'IA allaient produire assez rapidement des revenus.
La question n'a pas vraiment disparu. Elle a simplement cessé, pour le moment, d'empêcher les acheteurs de revenir.
L'Asie attrape à son tour la vague technologique
Le mouvement ne s'arrête pas aux États-Unis. Les actions asiatiques se dirigeaient le 23 septembre vers une sixième séance consécutive de progression, avec les fabricants de puces parmi les principaux bénéficiaires.
La Corée du Sud gagnait environ 1,2 % dans les échanges asiatiques, tandis que Samsung Electronics et SK Hynix progressaient de plus de 2 %. Les exportations sud-coréennes de semi-conducteurs ont fortement accéléré en septembre, ce qui donne un peu plus de substance au récit autour de la demande mondiale en composants pour l'IA.
Les valeurs technologiques chinoises participent également au mouvement, même si l'économie chinoise reste beaucoup moins uniforme que ses actions liées à l'IA.
La Chine reste le gros morceau difficile à lire
Les exportations chinoises se sont renforcées durant l'été, aidées notamment par les produits technologiques. Le yuan s'est en parallèle apprécié jusqu'à son niveau le plus élevé depuis plus de trois ans et demi avant de stabiliser sa progression.
Le problème immobilier, lui, n'a pas disparu. Les prix des logements neufs ont encore reculé en août et Pékin continue d'intervenir pour éviter que les difficultés des grands promoteurs ne contaminent plus largement le système financier.
Le cas de Vanke résume assez bien la situation. Les autorités ont demandé aux grandes banques de continuer à soutenir le promoteur et d'éviter de classer certaines créances en défaut, alors que l'entreprise supporte encore une dette massive.
Le marché chinois peut donc profiter d'un cycle technologique fort tout en conservant un secteur immobilier profondément fragile. Les deux existent en même temps.
Les taux élevés refusent de disparaître
La Réserve fédérale américaine a relevé son taux directeur de 25 points de base le 16 septembre, dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %. Il s'agissait de sa première hausse depuis plus de trois ans.
Le plus important n'est probablement pas ce quart de point. Les responsables monétaires continuent surtout de signaler que l'inflation reste trop élevée et qu'un resserrement supplémentaire demeure possible.
Les rendements obligataires ont reculé légèrement avec la baisse récente du pétrole, mais les marchés restent installés dans un univers où les obligations souveraines offrent à nouveau des rendements élevés. Le Treasury américain à dix ans navigue autour de 4 %, avec des mouvements rapides dès qu'un chiffre d'inflation ou une déclaration de banque centrale change les anticipations.
Ce contexte devrait normalement peser davantage sur les actions de croissance. L'IA compense actuellement une bonne partie du problème.
Le pétrole repasse sous les 100 dollars
Le deuxième gros soulagement vient du pétrole. Le Brent est repassé sous les 100 dollars le baril après plusieurs semaines dominées par les risques d'approvisionnement au Moyen-Orient.
Le 23 septembre, il évoluait autour de 99 dollars, tandis que le brut américain reculait lui aussi. L'Arabie saoudite a remis en fonctionnement son oléoduc Est-Ouest et prépare le redémarrage de davantage d'exportations via la mer Rouge. La capacité disponible reste encore inférieure à son maximum, plusieurs installations ayant été endommagées.
Pour les marchés, quelques dollars sur le baril ont désormais des conséquences qui dépassent largement le secteur énergétique. Une détente prolongée réduit directement la pression sur l'inflation, donc sur les banques centrales et les rendements obligataires.
Voilà pourquoi Wall Street regarde actuellement Yanbu presque autant que les résultats de la Silicon Valley.
Le dollar reste solide
Le dollar conserve une bonne partie du soutien reçu après le virage plus restrictif des banques centrales. L'indice dollar évoluait le 22 septembre autour de 100,5, à proximité d'un plus haut de deux mois.
L'euro et la livre restent sous pression, tandis que le yen peine à profiter durablement du resserrement monétaire japonais. Les écarts de taux continuent donc de peser davantage que certaines décisions prises individuellement par les banques centrales.
Le yuan constitue l'une des exceptions récentes. La devise chinoise s'est appréciée avec un peu moins de résistance de la banque centrale chinoise, avant les nouvelles discussions commerciales internationales de cette semaine.
L'or ne profite pas vraiment du stress ambiant
L'or offre un autre signal contre-intuitif. Le métal reste très élevé en valeur absolue, autour de 4 300 dollars l'once, mais il s'est replié ces derniers jours alors même que l'incertitude géopolitique reste forte.
Les taux expliquent une bonne partie de ce comportement. Un actif qui ne verse aucun rendement devient relativement moins séduisant lorsque les obligations souveraines proposent de nouveau des taux réels significatifs.
Le 22 septembre, l'or au comptant reculait d'environ 0,4 % autour de 4 325 dollars l'once. Il se trouve encore très au-dessus de ses niveaux historiques d'avant 2026, mais nettement sous le pic enregistré plus tôt dans l'année.
Bitcoin ressemble de nouveau à une action technologique sous stéroïdes
Le marché crypto participe au retour de l'appétit pour le risque. Bitcoin a dépassé les 86 000 dollars cette semaine, son meilleur niveau depuis janvier, avec un mouvement qui a accompagné la reprise des valeurs technologiques.
Cette synchronisation est importante. Bitcoin est régulièrement présenté comme une alternative au système monétaire ou une protection contre l'inflation, mais dans les séances récentes il s'est surtout comporté comme un actif procyclique particulièrement volatil.
Ether a lui aussi retrouvé de l'élan après sa forte progression de la fin août. La crypto n'échappe donc pas à la mécanique générale : quand les marchés acceptent de reprendre du risque, elle amplifie souvent le mouvement.
Les flux racontent pourtant une histoire moins euphorique
Il y a une semaine à peine, les fonds actions mondiaux venaient d'enregistrer leurs plus importantes sorties depuis neuf mois. Environ 23,2 milliards de dollars avaient quitté les fonds actions durant la semaine terminée le 16 septembre, dont plus de 31 milliards pour les seuls fonds américains.
Les fonds technologiques continuaient pourtant d'attirer de l'argent. C'est le paradoxe du moment : les investisseurs réduisent une partie de leur exposition générale tout en concentrant encore davantage leurs paris sur les secteurs jugés capables de croître malgré des taux élevés.
L'IA absorbe une partie considérable de cette conviction.
Europe : les indices tiennent, les obligations françaises inquiètent davantage
Les actions européennes ont progressé modestement en début de semaine, le STOXX 600 bénéficiant à son tour de la détente du pétrole et de la hausse des valeurs technologiques.
Le marché obligataire européen est plus nerveux. Les écarts entre les rendements français et allemands se sont fortement élargis, signe que les investisseurs demandent une prime plus importante pour détenir de la dette française.
C'est un rappel utile : un indice actions européen relativement calme ne signifie pas nécessairement que le reste du marché européen l'est aussi.
Le tableau global au 23 septembre
- Actions américaines : dynamique positive, Nasdaq à un record grâce aux valeurs IA et semi-conducteurs
- Asie : sixième séance de hausse en vue, technologie coréenne particulièrement solide
- Europe : progression modérée des actions, davantage de nervosité sur certains marchés obligataires
- Obligations : rendements toujours élevés malgré une détente récente
- Pétrole : Brent revenu autour de 99 dollars avec l'amélioration partielle de l'offre
- Dollar : proche de ses meilleurs niveaux depuis deux mois
- Or : autour de 4 300 dollars mais sous pression des taux élevés
- Bitcoin : au-dessus de 86 000 dollars et de nouveau fortement corrélé au sentiment de risque
- Chine : technologie et exportations solides, immobilier toujours fragile
Ce qui peut casser ce fragile équilibre
Le marché actuel suppose essentiellement que trois choses peuvent coexister : croissance économique encore correcte, investissements massifs dans l'IA et inflation suffisamment contenue pour éviter une remontée durable des taux beaucoup plus violente.
Le pétrole constitue le raccourci le plus évident vers un scénario moins agréable. Une nouvelle rupture des flux énergétiques ferait remonter les anticipations d'inflation presque immédiatement. À l'inverse, une détente durable sous les 100 dollars donnerait davantage d'air aux banques centrales.
La deuxième inconnue est plus spécifique à la technologie. Les valorisations retrouvent des niveaux exigeants précisément au moment où les investisseurs recommencent à considérer que les gigantesques dépenses consacrées aux centres de données, GPU et modèles d'IA finiront par se transformer en profits.
Pour l'instant, ils paient pour le croire. Les obligations restent beaucoup moins enthousiastes.