La Securities and Exchange Commission de Thaïlande a annoncé le 3 septembre avoir validé les grandes lignes d'un renforcement de la réglementation applicable aux transactions en stablecoins effectuées via les opérateurs d'actifs numériques qu'elle supervise.

Le régulateur justifie ce chantier par l'évolution qu'il observe sur le marché local. Selon ses propres analyses, le volume et la valeur des transactions en stablecoins ont nettement progressé, avec une hausse particulièrement visible pour l'USDT de Tether.

La SEC associe certains comportements détectés à des risques de blanchiment d'argent, de cybercriminalité et de contournement des règles encadrant les transferts internationaux.

Un wallet externe devrait appartenir au client lui-même

Le premier changement proposé touche directement les dépôts et retraits de stablecoins. Lorsqu'un client envoie des stablecoins vers son compte chez un opérateur thaïlandais, le wallet d'origine devrait avoir été vérifié comme lui appartenant. Même logique pour un retrait : le wallet qui reçoit les fonds devrait également être celui du client.

La SEC formule explicitement la conséquence : les transferts entrants provenant du compte d'une autre personne et les retraits vers le compte d'un tiers ne seraient plus autorisés dans ce cadre.

Ce dispositif doit fonctionner avec les règles de type Travel Rule et plusieurs couches de contrôle supplémentaires. Les opérateurs devraient classifier le client, filtrer les wallets à risque ou liés à des comptes mules et utiliser des outils permettant de retracer les mouvements d'actifs numériques.

Le chiffre de 5 millions de bahts change surtout les gros transferts

Le projet prévoit aussi que les volumes transférés restent cohérents avec les revenus et la situation financière du client.

Surtout, la SEC propose un plafond de 5 millions de bahts par jour, par personne et par opérateur pour les stablecoins envoyés vers le compte d'un client depuis l'extérieur. Le même plafond de 5 millions de bahts s'appliquerait aux transferts sortants.

Au taux de change, la valeur exacte en euros ou en dollars variera évidemment. C'est la limite en bahts qui constitue la règle proposée.

Il existe une exception importante : le plafond ne s'appliquerait pas aux transferts entre comptes clients passant par deux opérateurs thaïlandais d'actifs numériques lorsque l'opérateur d'origine et celui de destination utilisent tous les deux la Travel Rule.

La Thaïlande ne vise pas uniquement les particuliers

Le texte approuvé en principe touche aussi l'infrastructure du marché. La SEC veut revoir la supervision des market makers utilisés par les plateformes d'échange afin de rapprocher certaines exigences de celles appliquées sur les marchés de titres, tout en les adaptant aux actifs numériques.

Les brokers utilisant des liquidity providers devraient également s'assurer que ces partenaires et les plateformes auxquelles ils se connectent sont soumis à une autorité de contrôle pertinente, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et d'autorisation d'exercer.

Les transactions réalisées hors de la plateforme habituelle sont elles aussi concernées. La SEC cite notamment les opérations de type big lot et veut en améliorer la transparence.

L'USDT n'est pas interdit

La présence répétée de l'USDT dans l'annonce peut facilement donner une impression plus radicale que le texte lui-même. La SEC ne propose pas d'interdire Tether ni les stablecoins.

La situation thaïlandaise est même assez particulière : depuis mars 2025, l'USDT et l'USDC font partie des cryptomonnaies autorisées par la SEC dans plusieurs usages réglementés, notamment comme paires de base sur les plateformes d'actifs numériques.

Le mouvement actuel consiste donc à rendre les flux beaucoup plus identifiables une fois qu'ils passent par un intermédiaire réglementé.

Une Travel Rule vient justement d'être publiée

Cette annonce arrive au lendemain d'une autre mesure. Le 2 septembre, la SEC a annoncé l'émission de sa Travel Rule for Digital Assets, destinée à obliger les opérateurs à disposer d'informations suffisantes sur les personnes impliquées dans les transferts afin d'évaluer les risques de blanchiment et de criminalité technologique.

Le chantier stablecoin était préparé depuis plusieurs mois. En août, la SEC et la Banque de Thaïlande avaient déjà réuni des opérateurs du secteur pour discuter de transactions impliquant notamment USDT et USDC. Le régulateur évoquait alors des outils de suivi des mouvements on-chain, le filtrage des wallets suspects et l'analyse automatisée de comportements inhabituels.

Ce n'est pas encore la règle finale

La distinction compte pour les utilisateurs d'exchanges thaïlandais. Le conseil de la SEC a approuvé des principes réglementaires, pas un texte définitif immédiatement applicable dans cette forme.

Le régulateur doit ouvrir une consultation des parties concernées au cours du mois de septembre 2026. Les commentaires reçus pourront encore servir à modifier les règles avant leur adoption finale.

Le plafond de 5 millions de bahts, l'interdiction des wallets de tiers et les autres mécanismes détaillés le 3 septembre doivent donc être lus à ce stade comme le cadre que la SEC veut mettre en place.