Depuis des années, une partie du débat réglementaire autour des tokens produit un paradoxe assez étrange pour les développeurs : si une équipe continue d'améliorer un protocole après son lancement, ces efforts peuvent-ils eux-mêmes être utilisés pour soutenir l'idée que les acheteurs dépendent encore d'elle pour réaliser un profit ?
La nouvelle FAQ du staff de la SEC répond plus directement à cette question. Le document, inscrit par la SEC dans ses publications de Corporation Finance le 25 septembre, complète l'interprétation adoptée par la Commission en mars sur l'application des lois fédérales sur les valeurs mobilières aux crypto-actifs et aux transactions qui les impliquent.
Premier garde-fou : il s'agit de vues du staff de la Division of Corporation Finance. La FAQ n'est pas une nouvelle loi, ni une règle de la Commission, et elle ne crée pas à elle seule de nouvelles obligations juridiques. L'analyse d'une transaction particulière reste dépendante des faits et des circonstances.
Un réseau fonctionnel peut encore être maintenu et amélioré
La clarification la plus utile pour les équipes techniques concerne ce qui se passe après le lancement. Selon la FAQ du 25 septembre, lorsqu'un crypto system est déjà fonctionnel, les services destinés à le sécuriser, le maintenir, l'améliorer ou étendre ses fonctionnalités ne constituent généralement pas, à eux seuls, les essential managerial efforts utilisés dans l'analyse d'un investment contract.
Même logique pour le développement des effets de réseau. Continuer à financer des améliorations, corriger le logiciel ou favoriser l'utilisation d'un protocole opérationnel ne signifie donc pas automatiquement que les détenteurs du token achètent encore une promesse de travail entrepreneurial futur.
Cette distinction s'inscrit dans le cadre publié par la SEC en mars. L'interprétation de la Commission différencie notamment les crypto-actifs eux-mêmes des transactions ou dispositifs contractuels utilisés pour les vendre. Un actif qui n'est pas lui-même une security peut néanmoins être proposé ou vendu dans le cadre d'un investment contract si les conditions du test applicable sont réunies.
C'est un point plutôt important pour lire la nouvelle FAQ correctement. Le staff ne publie pas une liste magique d'opérations qui immuniserait un token contre le droit des securities. Il explique quels comportements, dans certaines circonstances, ne suffisent pas à eux seuls pour constituer la promesse d'efforts managériaux essentiels.
Le buyback change de sens selon que le produit existe déjà ou qu'il reste à construire
Les rachats de tokens fournissent l'exemple le plus parlant. Pour un système crypto déjà fonctionnel et un crypto-actif qui n'est pas lui-même une security, l'annonce d'un programme de buyback ne constitue pas, selon le staff, une représentation ou une promesse d'entreprendre des essential managerial efforts simplement parce que l'émetteur rachète une partie de l'offre.
Cela ne signifie pas que tous les buybacks deviennent juridiquement neutres.
La FAQ distingue le cas d'un projet dont le système n'est pas encore fonctionnel. Si une équipe présente alors ses rachats comme un mécanisme destiné à générer du yield ou un retour financier pour les détenteurs pendant qu'elle doit encore construire la fonctionnalité promise, le même programme peut contribuer à l'analyse d'un investment contract.
Autrement dit, le smart contract qui effectue le rachat ne raconte pas toute l'histoire. Le contexte commercial compte : le réseau fonctionne-t-il déjà, quelles tâches essentielles restent à accomplir, qu'a promis l'émetteur et le buyback est-il vendu comme une conséquence ordinaire de l'économie du protocole ou comme une façon pour les acheteurs de profiter du travail futur d'une équipe ?
Pour les projets qui communiquent beaucoup autour de la réduction de supply, des burns et des rachats financés par les revenus du protocole, la distinction est loin d'être cosmétique.
Parler d'une fonction n'est pas la même chose que promettre une hausse du token
La FAQ traite également du marketing. Promouvoir les usages déjà disponibles d'un réseau fonctionnel ne crée généralement pas, selon le staff, l'attente de profit nécessaire simplement parce que cette promotion peut attirer davantage d'utilisateurs.
Même l'annonce de fonctions futures n'est pas automatiquement décisive. Le problème devient beaucoup plus concret lorsque la communication relie ces développements à un potentiel de profit, d'appréciation du token ou de rendement pour ses détenteurs.
La frontière est intéressante pour les équipes produit. Dire qu'une mise à jour ajoutera une nouvelle API, améliorera la vitesse du protocole ou introduira un nouvel usage n'est pas la même représentation économique que promettre que cette mise à jour augmentera la valeur du token acheté aujourd'hui.
Le test reste néanmoins contextuel. Aucun mot-clé dans une page de documentation ou un message marketing ne transforme mécaniquement une transaction en security ou en non-security. La SEC continue de raisonner autour de l'économie réelle de l'opération et des attentes raisonnablement créées chez l'acheteur.
Les staking receipts et les exchanges obtiennent aussi quelques précisions
Le document ne s'arrête pas aux buybacks. Le staff aborde également les staking receipt tokens. Lorsqu'un receipt sert simplement à prouver la propriété d'un digital commodity déposé et n'ajoute pas de nouveaux droits économiques, il peut correspondre à la catégorie des digital tools décrite dans le cadre de mars.
Dans certaines structures de liquid staking reposant directement sur le protocole, le receipt peut aussi relever de l'analyse des digital commodities. Là encore, la structure réelle compte davantage que l'étiquette « liquid staking » posée sur le produit.
Autre précision : fournir un marché secondaire à un crypto-actif ne suffit pas, à lui seul, à transformer automatiquement une plateforme de trading en « promoter ». Le staff renvoie notamment à la définition de promoter de la Rule 405 du Securities Act pour cette analyse.
Cela donne aux plateformes un peu plus de précision sur la distinction entre faciliter des transactions et être considérées comme participant à la promotion économique du dispositif à l'origine du token.
Le code peut continuer ; la promesse financière reste la zone sensible
Le changement pratique le plus visible dans cette FAQ n'est donc pas une nouvelle catégorie de token. C'est une meilleure séparation entre deux activités qui se ressemblent parfois de loin : développer un logiciel déjà fonctionnel et accomplir le travail futur sur lequel des acheteurs ont été incités à parier.
La première peut continuer longtemps après le lancement. Un réseau a besoin de maintenance, de sécurité, de correctifs, de nouvelles versions et d'intégrations. Considérer chacune de ces opérations comme une nouvelle essential managerial effort rendrait presque impossible le développement normal d'un protocole ouvert.
La seconde reste au centre du problème Howey. Un projet encore dépendant de son équipe, vendu sur la promesse que cette équipe construira la fonctionnalité qui donnera de la valeur au token, se trouve dans une situation très différente.
Le buyback illustre parfaitement cette séparation. Sur un système fonctionnel, il n'est pas automatiquement une nouvelle promesse d'investissement. Sur un projet encore à construire, présenté comme la machine qui produira le rendement des acheteurs, il peut devenir une pièce supplémentaire de cette promesse.
La FAQ du 25 septembre ne transforme donc pas le développement crypto en zone sans réglementation. Elle donne surtout au staff une manière plus explicite de distinguer le travail ordinaire d'un protocole vivant du travail qu'un acheteur est invité à financer en espérant en tirer un profit.