Donald Trump a déclaré que son administration travaillait à faire entrer Hyperliquid sur le marché américain « d’une manière totalement conforme et légale ». Cela ne constitue pas une autorisation réglementaire.
La piste la plus concrète est apparue fin août. Payward, maison mère de Kraken, discute avec Hyperliquid Labs d’une offre de contrats perpétuels accessibles à certains utilisateurs américains via Bitnomial.
La structure définitive n’a pas été annoncée.
Les clients américains ne se connecteraient pas directement à Hyperliquid
C’est probablement la distinction la plus importante.
Le projet décrit jusqu’ici ne consiste pas à lever simplement les restrictions géographiques de l’application Hyperliquid. Les conditions actuelles de la plateforme continuent de restreindre les utilisateurs situés aux États-Unis.
Bitnomial servirait de point d’accès réglementé. Les clients passeraient donc par une entité américaine identifiable plutôt que par l’interface permissionless actuellement utilisée ailleurs dans le monde.
KYC, contrôle des sanctions, protection des fonds clients et obligations réglementaires feraient alors partie du produit américain.
On perd une partie de la permissionless finance au passage. C’est précisément le prix du billet d’entrée.
Bitnomial possède déjà les licences qui manqueraient à un nouveau venu
Payward a annoncé en avril l’acquisition de Bitnomial pour un montant pouvant atteindre 550 millions de dollars en numéraire et en actions.
L’intérêt n’était pas uniquement commercial. Bitnomial dispose d’un ensemble réglementaire particulièrement rare dans la crypto américaine : une plateforme enregistrée comme Designated Contract Market, une Derivatives Clearing Organization et un Futures Commission Merchant.
Cela permet de réunir négociation, compensation et courtage de dérivés dans une même infrastructure supervisée par la CFTC.
Kraken utilise déjà cette base pour proposer des perpetual futures à certains clients américains.
Hyperliquid possède déjà un pied réglementaire indirect
Le 22 avril, Bitnomial a certifié auprès de la CFTC un contrat baptisé Hyperliquid US Dollar Spot Contract, ou HYPEUSD.
Le document réglementaire décrit un futures margé et réglé physiquement, lié au prix du token HYPE.
Ce contrat n’équivaut pas à l’autorisation du DEX Hyperliquid lui-même. Il montre toutefois que des produits financiers directement liés à son écosystème peuvent déjà être intégrés à une infrastructure de marché américaine existante.
La liste des perpetuals américains reste inconnue
Payward aurait présenté à la CFTC une première architecture de l’accord.
Ni Hyperliquid ni Payward n’ont encore publié la liste des actifs concernés. On ignore également combien de marchés seraient proposés, quels leviers seraient autorisés et si les mécanismes économiques reproduiraient exactement ceux du protocole.
Le HYPE lui-même n’est pas confirmé comme sous-jacent des futurs perpetuals envisagés.
Un Hyperliquid américain pourrait être beaucoup plus sage
La version mondiale de Hyperliquid s’est développée autour d’un accès très large aux perpetual futures, d’une cotation continue et de niveaux de levier qui ne correspondent pas nécessairement aux standards que les régulateurs américains accepteront.
Une déclinaison américaine pourrait donc comporter moins de marchés, un levier inférieur et des contrôles de risque plus conservateurs.
La différence ne serait pas cosmétique. Une bonne partie de l’expérience qui a rendu les DEX de perpetuals populaires vient précisément de cette liberté de structure.
Les perpetuals changent aussi la manière de penser les horaires de marché
Un contrat perpétuel n’a pas de date d’expiration. Des paiements de financement périodiques entre positions longues et courtes servent à maintenir son prix près de celui de l’actif de référence.
Dans la crypto, ces instruments peuvent se négocier en continu. Ils contrastent fortement avec une grande partie de l’infrastructure financière américaine historique, encore organisée autour de séances et de calendriers beaucoup plus contraints.
Cette frontière bouge déjà. Des opérateurs américains développent des dérivés fonctionnant sur des plages horaires de plus en plus longues, et la CFTC travaille désormais directement sur les perpetual futures.
SEC et CFTC pourraient finir par devoir se partager certains produits
Pour les perpetuals strictement liés à des cryptoactifs relevant du Commodity Exchange Act, la CFTC reste le régulateur central de la structure envisagée autour de Bitnomial.
Les choses deviennent plus complexes lorsque l’infrastructure Hyperliquid sert à créer des marchés liés à des actions ou à d’autres instruments pouvant relever du droit des valeurs mobilières.
Le Hyperliquid Policy Center a d’ailleurs demandé aux deux agences de travailler sur un cadre harmonisé pour certains perpetuals adossés à des actions.
Une entrée américaine complète de l’écosystème dépasserait donc largement la question d’un simple agrément d’exchange.
L’intérêt de Hyperliquid pour Wall Street ne se limite déjà plus au DEX
Trois ETF américains donnent désormais une exposition au token HYPE. Des déclarations institutionnelles ont récemment fait apparaître UBS, Bank of Montreal, Jane Street et Brevan Howard parmi leurs détenteurs.
Ces positions ne signifient pas nécessairement que ces institutions prennent toutes un pari directionnel sur HYPE : certaines peuvent représenter des clients ou faire partie de stratégies couvertes.
Les trois fonds totalisaient néanmoins plusieurs centaines de millions de dollars d’actifs au début de septembre.
L’annonce politique est faite, le produit ne l’est toujours pas
Le gouvernement américain affiche clairement sa volonté de faciliter l’arrivée de Hyperliquid et des perpetuals sur le marché domestique.
L’infrastructure Bitnomial donne à Payward un raccourci réglementaire réel. Un contrat HYPE a déjà été certifié. Les discussions sur des marchés supplémentaires sont suffisamment avancées pour avoir été présentées à la CFTC.
Il manque encore l’essentiel pour les traders : l’approbation finale, la liste des contrats, le levier, les conditions d’accès et une date.