William Zhang, président de l'activité santé de Huawei, a expliqué à Reuters que l'entreprise souhaitait approfondir son implication dans la pharmacie assistée par intelligence artificielle. La priorité reste pour l'instant les partenaires chinois.

Huawei apporte à ces collaborations plusieurs briques déjà développées en interne : capacités cloud, modèles spécialisés, outils de criblage de molécules et infrastructure de calcul reposant notamment sur ses familles de processeurs Ascend et Kunpeng.

Le médicament devient aussi un problème d'infrastructure

La découverte pharmaceutique produit exactement le genre de charge qui intéresse les fournisseurs d'IA. Il faut parcourir d'immenses espaces moléculaires, rapprocher des composés de cibles biologiques, évaluer des propriétés et éliminer rapidement les pistes les moins prometteuses.

Huawei travaille sur ce terrain depuis plusieurs années avec son Pangu Drug Molecule Model, développé avec l'Institut de matière médicale de Shanghai de l'Académie chinoise des sciences. Huawei indique que le modèle a appris les structures chimiques de 1,7 milliard de molécules apparentées à des médicaments.

La plateforme peut notamment servir à prédire les interactions entre composés et protéines cibles, noter certaines propriétés de molécules, générer des structures ou optimiser des candidats déjà identifiés. Ce travail se situe très en amont d'une éventuelle mise sur le marché.

C'est une distinction utile. Trouver plus vite une molécule intéressante n'équivaut pas à découvrir un médicament sûr et efficace. Les étapes précliniques, les essais chez l'humain puis les procédures réglementaires restent nécessaires.

Huawei veut aussi faire tourner cette recherche sur ses propres puces

La stratégie possède une deuxième dimension, moins médicale. En fournissant à la fois le logiciel, le cloud et les accélérateurs utilisés par les chercheurs, Huawei transforme la pharmacie en nouveau marché pour sa pile de calcul IA.

Reuters rapporte qu'en mai, Huawei et le groupe pharmaceutique public Guangzhou Pharmaceutical Holdings ont validé une première utilisation en production de modèles de recherche pharmaceutique adaptés aux technologies Ascend et Kunpeng.

Le choix est particulièrement important en Chine, où l'accès aux processeurs IA américains les plus avancés reste soumis à des restrictions. Huawei a donc intérêt à montrer que ses propres puces peuvent faire autre chose que servir des modèles de langage : calcul scientifique, santé et découverte de médicaments élargissent considérablement leur terrain d'utilisation.

Pangu a déjà servi à réduire certains cycles de recherche

Huawei met régulièrement en avant un projet mené avec le First Affiliated Hospital de l'université Xi'an Jiaotong. Les chercheurs y ont utilisé son service de conception de médicaments assistée par IA pour cribler des molécules dans le cadre de travaux sur un nouvel antimicrobien.

Selon Huawei, l'utilisation du modèle Pangu a ramené la recherche d'un composé principal de plusieurs années à environ un mois et réduit les coûts de cette phase de R&D de 70 %. Ces chiffres concernent le processus de découverte étudié, pas l'ensemble du développement d'un médicament jusqu'à sa commercialisation.

Le composé est ensuite passé par des expérimentations animales et des travaux précliniques. Là encore, le gain informatique ne supprime pas les étapes biologiques et réglementaires qui suivent.

La bataille de l'IA pharmaceutique dépasse Huawei

Les laboratoires cherchent de plus en plus à automatiser une partie du travail de découverte, et les groupes technologiques veulent fournir le calcul nécessaire. Nvidia a lui aussi multiplié les partenariats pharmaceutiques, notamment avec Eli Lilly et Novo Nordisk.

Huawei cherche une place similaire dans son propre écosystème, avec un avantage particulier en Chine : il peut associer modèles, cloud et matériel domestique dans une même offre.

William Zhang évoque désormais des collaborations allant de la découverte de médicaments aux pratiques cliniques. Reuters ne rapporte toutefois pas l'annonce d'un nouveau traitement validé ni d'un calendrier précis pour de futurs partenariats. Pour l'instant, Huawei annonce surtout son intention d'agrandir le nombre de laboratoires utilisant sa pile IA.