Project Harmonia a ouvert son Request for Proposals le 16 septembre.
Le programme est mené par Allfunds Blockchain et la Solana Foundation avec l’objectif de relier deux systèmes de distribution qui fonctionnent encore largement en parallèle : l’infrastructure institutionnelle traditionnelle d’Allfunds et les marchés on-chain de Solana.
Allfunds indique connecter plus de 3 300 gestionnaires d’actifs et institutions financières.
Au 30 juin 2026, son encours sous administration atteignait environ 1,9 billion d’euros.
Ces 1,9 billion d’euros ne deviennent pas des actifs Solana
C’est la première nuance à conserver.
Le chiffre décrit la taille du réseau d’Allfunds, pas la valeur de fonds déjà engagés dans Harmonia.
Aucun transfert de 1,9 billion d’euros vers une blockchain n’est annoncé.
Le programme fournit plutôt un chemin de distribution permettant à certains produits sélectionnés d’être accessibles de part et d’autre.
Un fonds tokenisé déjà opérationnel sur Solana peut candidater pour être distribué à travers Allfunds.
Dans l’autre sens, un gestionnaire utilisant l’infrastructure d’Allfunds peut chercher à rendre une classe de parts tokenisée accessible aux canaux Web3 et aux infrastructures de liquidité de Solana.
Le problème visé n’est plus tellement la création du token
Créer une représentation numérique d’un fonds sur une blockchain est désormais un problème relativement bien compris.
Il faut définir le smart contract, organiser l’émission, relier les parts aux registres nécessaires et mettre en place les règles de transfert.
Cela ne crée pourtant aucun investisseur.
Un produit financier peut être techniquement impeccable et rester presque inutilisé s’il n’apparaît pas dans les systèmes que consultent banques, plateformes de gestion de patrimoine, fonds de fonds et autres distributeurs.
Project Harmonia part précisément de ce constat : « tokenization without distribution is digitization ».
Allfunds apporte surtout ce que les blockchains ont du mal à construire rapidement
Le principal actif d’Allfunds n’est pas un smart contract.
C’est son réseau de relations avec les gestionnaires, distributeurs et plateformes financières déjà intégrés à ses systèmes.
Lorsqu’un fonds traditionnel veut être disponible dans plusieurs réseaux de distribution, cette couche comprend les informations produit, les souscriptions, les flux opérationnels, les contrôles réglementaires et une longue série de connexions existantes.
Harmonia essaie de rendre cette infrastructure exploitable par des fonds tokenisés sans demander à chaque émetteur de reconstruire séparément une distribution institutionnelle.
Le programme fonctionne dans les deux sens
Le modèle n’est pas simplement « Allfunds apporte ses fonds à Solana ».
Un fonds déjà émis nativement sur Solana peut chercher à entrer dans le réseau Allfunds.
Un gestionnaire provenant de l’écosystème Allfunds peut inversement créer ou distribuer une classe de parts tokenisée vers Solana.
Les deux mondes restent distincts juridiquement et techniquement, mais une couche d’intégration commune évite de reconstruire une passerelle commerciale pour chaque produit.
Track A concerne les produits déjà réellement opérationnels
Le premier parcours du RFP vise les fonds tokenisés déjà actifs sur Solana.
Ils doivent être pleinement opérationnels au moment de la candidature et rechercher un accès à la distribution institutionnelle.
Le règlement du programme exige notamment que le produit soit une structure de placement collectif réglementée, par exemple un UCITS, un AIF ou une structure reconnue dans les juridictions prises en charge par Allfunds.
Les stratégies admissibles peuvent couvrir monétaire, obligations, actions, private equity, dette privée ou actifs réels.
Track B accepte également les projets qui ne sont pas encore arrivés au bout
Le deuxième parcours concerne les fonds encore en développement ou dont certaines autorisations réglementaires restent en attente.
Ils peuvent entrer dans un pipeline plus long plutôt que devoir attendre d’être totalement commercialisés.
La Solana Foundation évoque une fenêtre de six à douze mois pour cette catégorie.
L’intérêt est de préparer distribution, conformité et intégration technique en parallèle de la construction du produit.
Le RFP ferme le 24 octobre
Les candidatures ont ouvert le 16 septembre et doivent être déposées avant le 24 octobre 2026.
Le calendrier de Project Harmonia prévoit ensuite la due diligence en octobre.
Les décisions d’admission sont attendues en novembre.
La documentation détaillée du RFP indique un premier go-live des fonds sélectionnés sur le réseau Allfunds via Solana au premier trimestre 2027.
La Solana Foundation formule plus largement la mise en ligne initiale autour de la fin 2026 et du premier trimestre 2027.
Le premier trimestre 2027 constitue donc le jalon le plus précis publié par le portail du programme.
L’admission ne repose pas uniquement sur le fait d’avoir créé un token
Project Harmonia publie une liste assez traditionnelle de critères.
Elle comprend le domicile et le statut réglementaire du fonds, les investisseurs auxquels il peut être distribué, les informations réglementaires, la liquidité, les modalités de règlement, les protections des investisseurs et la qualité des prestataires opérationnels.
La partie blockchain ajoute des exigences spécifiques.
Pour Track A, le produit doit être réellement opérationnel sur Solana.
Les mécanismes d’upgrade du smart contract doivent être documentés.
Lorsqu’une infrastructure on-chain spécifique est utilisée, le programme demande au moins un audit indépendant publié ainsi qu’un code open source.
Particula joue le rôle de filtre de risque
Tous les fonds candidats doivent disposer d’une notation indépendante de Particula basée sur son Particula Digital Asset Risk Framework.
Le framework examine notamment les dimensions économiques, juridiques, opérationnelles et techniques du produit.
Un fonds qui n’a pas encore de notation au moment de sa candidature peut être évalué pendant la procédure.
Le résultat devient ensuite un élément central du dossier examiné par le comité d’admission.
ioBuilders fournit la couche qui évite à Allfunds de parler directement à chaque smart contract
L’intégration technique repose notamment sur ioBuilders et son module Asseto.
Allfunds le présente comme la couche reliant son infrastructure Blockchain aux environnements on-chain.
Asseto prend en charge des fonctions d’émission et de gestion du cycle de vie des fonds tokenisés dans un environnement conçu pour les contraintes institutionnelles.
Cette couche intermédiaire est importante parce qu’un distributeur traditionnel ne veut pas réécrire ses processus pour chaque protocole ou chaque contrat utilisé par un émetteur.
Une tokenisation institutionnelle conserve de nombreux contrôles traditionnels
Le mot blockchain ne signifie pas que n’importe quelle adresse peut nécessairement acheter n’importe quel fonds.
Un produit UCITS, AIF ou autre fonds réglementé conserve ses contraintes concernant juridictions, catégories d’investisseurs, souscriptions et transferts.
Les smart contracts peuvent automatiser une partie de ces règles, mais ils ne les font pas disparaître.
Harmonia demande d’ailleurs explicitement des informations sur l’éligibilité des investisseurs et les juridictions ciblées.
La promesse de DeFi reste donc encadrée par la structure juridique du produit
Solana et Allfunds parlent d’un pont entre finance traditionnelle et finance décentralisée.
Cela ne signifie pas que chaque fonds sélectionné pourra automatiquement être échangé librement dans n’importe quel protocole DeFi.
Les possibilités dépendront des restrictions propres au fonds, des mécanismes d’autorisation de son token et des services acceptant de l’intégrer.
Un marché secondaire ou un usage comme collatéral nécessite lui aussi des règles adaptées.
La distribution on-chain peut devenir plus composable sans devenir juridiquement sans permission.
Solana revendique déjà plus de 4 milliards de dollars de RWA institutionnels
La Solana Foundation utilise l’existence d’actifs réels institutionnels déjà déployés sur le réseau comme argument pour Harmonia.
Elle annonce plus de 4 milliards de dollars de RWA institutionnels on-chain.
Project Harmonia affiche également environ 17 milliards de dollars de stablecoins présents sur Solana et 2,2 millions de wallets actifs mensuellement.
Ces chiffres proviennent de la communication de l’écosystème Solana et doivent être lus comme tels.
Ils servent surtout à montrer qu’Allfunds ne branche pas son infrastructure sur un environnement dépourvu d’activité financière existante.
La blockchain peut accélérer le règlement sans supprimer les métiers autour du fonds
L’un des intérêts d’un titre tokenisé est de pouvoir enregistrer transfert et propriété sur une infrastructure qui fonctionne en continu.
Mais un fonds possède toujours un gestionnaire, un agent de transfert, des processus de valorisation, de conformité, de conservation et de reporting.
Harmonia ne cherche donc pas à remplacer toute la chaîne par Solana.
Son architecture tente plutôt de faire communiquer les processus institutionnels avec une nouvelle couche de distribution et de règlement.
Ce choix explique pourquoi Allfunds insiste sur l’absence de « re-platforming »
Une banque ou une plateforme de gestion de patrimoine n’a aucun intérêt à abandonner toute son infrastructure pour expérimenter un fonds tokenisé.
Project Harmonia promet au contraire une adoption progressive.
Les distributeurs peuvent proposer les nouveaux produits depuis leurs systèmes existants.
Les gestionnaires peuvent conserver leurs procédures institutionnelles tout en ouvrant un canal on-chain supplémentaire.
Le réseau blockchain devient ainsi une extension plutôt qu’un remplacement immédiat.
La distribution est probablement un problème plus difficile que l’émission
La première vague de tokenisation s’est beaucoup concentrée sur la preuve technique qu’un fonds, une obligation ou une part d’actif pouvait être représenté sur une blockchain.
Le résultat a produit de nombreux pilotes.
Ce qui manque souvent ensuite est la demande : investisseurs habilités, plateformes prêtes à afficher le produit, liquidité et processus opérationnels capables de le traiter.
Harmonia part de l’hypothèse qu’une infrastructure de distribution déjà utilisée à grande échelle possède davantage de valeur qu’une nouvelle plateforme construite spécialement pour chaque fonds tokenisé.
C’est là que le chiffre de 1,9 billion d’euros retrouve son intérêt
Il ne mesure pas la somme promise à Solana.
Il mesure la taille de la machine à laquelle Solana essaie de se connecter.
Si quelques produits seulement utilisent Harmonia au début, l’effet sera très différent d’une migration massive de l’industrie des fonds.
Mais le programme teste une architecture dont l’intérêt est précisément de ne plus faire de chaque fonds tokenisé un projet de distribution isolé.
Le premier véritable indicateur arrivera donc après novembre : quels fonds seront acceptés, dans quelles juridictions et avec quels volumes réellement accessibles au premier trimestre 2027.