Coinbase et Stablecore ont officialisé leur partenariat le 16 septembre.
L’objectif vise spécifiquement les banques communautaires, banques régionales et credit unions américaines qui veulent ajouter des services liés aux actifs numériques sans remplacer leurs logiciels bancaires existants.
Le partenariat est déjà en cours auprès de certains établissements. Coinbase cite notamment Amarillo National Bank, au Texas.
Le détail important se trouve pourtant ailleurs : Stablecore affirme que ses intégrations existantes donnent accès à une empreinte potentielle de plus de 3 000 banques et credit unions aux États-Unis.
3 000 banques potentielles ne signifie pas 3 000 banques déjà équipées
Le chiffre est suffisamment spectaculaire pour mériter immédiatement une précision.
Coinbase parle d’un potentiel de plus de 3 000 institutions accessibles grâce aux systèmes auxquels Stablecore est déjà intégré.
Cela ne veut pas dire que plus de 3 000 banques proposent aujourd’hui du trading Coinbase ou des paiements stablecoin.
Le partenariat crée plutôt un chemin technique permettant à ces établissements d’adopter les produits sans construire eux-mêmes toutes les couches nécessaires.
La différence est considérable.
Un réseau d’intégrations distribue une capacité. Il ne garantit pas son activation.
Stablecore se place exactement entre la blockchain et le core banking
Une banque ne fonctionne pas autour d’une seule application mobile.
Derrière l’interface utilisée par le client se trouvent le core banking qui tient les comptes, la banque numérique qui expose les services, les systèmes de conformité, les outils de paiement, les historiques de transactions et une quantité assez peu glamour de logiciels spécialisés.
Stablecore construit une couche d’orchestration au-dessus de cet ensemble.
Sa plateforme est conçue pour connecter les services d’actifs numériques aux logiciels existants plutôt que demander à l’établissement d’abandonner sa pile bancaire.
Coinbase se branche alors sous cette couche pour fournir une partie de l’infrastructure crypto.
Coinbase fournit la garde et l’échange, Stablecore fait parler les systèmes entre eux
La division des rôles est assez nette dans l’annonce.
Coinbase fournit notamment l’infrastructure réglementée de garde d’actifs et les services d’échange.
Stablecore gère les connexions entre cette infrastructure et les systèmes de core banking, de digital banking et de conformité utilisés par l’établissement financier.
Le client final reste donc dans l’expérience de sa banque.
La banque peut conserver sa marque, sa relation commerciale et son interface tandis que certains services sous-jacents sont exécutés par des fournisseurs spécialisés.
Le menu peut aller beaucoup plus loin qu’un simple bouton « acheter du Bitcoin »
Coinbase indique que les clients des banques participantes peuvent acheter, vendre et conserver des actifs numériques depuis leur environnement bancaire.
Le partenariat couvre également les paiements en actifs numériques et stablecoins.
Coinbase mentionne en plus le staking pour les actifs et les situations où cette fonction est éligible.
Stablecore propose parallèlement des briques autour des dépôts tokenisés et de produits adossés aux actifs numériques.
Toutes ces fonctions ne seront pas nécessairement activées par toutes les banques.
L’architecture ressemble davantage à un catalogue modulaire qu’à un produit unique imposé de manière identique à chaque établissement.
Le stablecoin devient ici une fonctionnalité bancaire plutôt qu’une destination
C’est le changement le plus intéressant.
Pendant des années, utiliser un stablecoin signifiait généralement sortir de l’expérience bancaire classique : ouvrir un compte sur un exchange, installer un wallet, gérer une adresse ou utiliser un service fintech spécialisé.
Le modèle Stablecore essaie de rendre cette frontière moins visible.
Un client pourrait utiliser une infrastructure blockchain sans avoir à considérer la blockchain comme le produit principal.
Le stablecoin devient alors simplement un rail supplémentaire derrière une opération de paiement, de conservation ou de transfert.
Pour une technologie financière, disparaître derrière l’interface peut être un signe de maturité plus intéressant que d’obtenir une nouvelle application.
Cette architecture permet surtout à la banque de ne pas abandonner le client à Coinbase
Le partenariat repose beaucoup sur cette idée.
Lorsqu’un client quitte l’application de sa banque pour utiliser directement un exchange, une partie de la relation financière se déplace avec lui.
Les dépôts, les données d’usage et les futures opportunités de crédit peuvent progressivement migrer vers une autre plateforme.
Stablecore et Coinbase proposent l’inverse : les fonctions crypto sont fournies à l’intérieur du canal bancaire existant.
L’établissement local peut donc essayer de répondre à la demande sans pousser son client vers une marque concurrente.
Ce modèle ressemble davantage à de l’infrastructure cloud qu’à un exchange
Vu depuis le client, Coinbase pourrait même devenir largement invisible.
C’est une évolution assez importante pour l’entreprise.
Son activité historique dépend directement d’une relation entre Coinbase et l’utilisateur final.
Dans ce modèle d’infrastructure, Coinbase devient davantage un fournisseur situé derrière un autre établissement financier.
La valeur ne vient plus uniquement du nombre de personnes qui ouvrent l’application Coinbase, mais aussi du volume que d’autres applications peuvent envoyer vers ses rails.
Stablecore travaille depuis plusieurs mois à éviter que chaque banque reconstruise les mêmes intégrations
Le partenariat Coinbase n’arrive pas sur une plateforme vierge.
En mars, Stablecore a annoncé une intégration avec Q2, l’un des fournisseurs de plateformes bancaires numériques utilisés par de nombreuses institutions américaines.
Bank of Utah et Amarillo National Bank figuraient alors parmi les premiers établissements engagés via cette intégration.
En février, Stablecore avait également rejoint le réseau d’intégration fintech de Jack Henry.
Stablecore indiquait alors que cette connexion pouvait toucher environ 1 670 clients core banking de Jack Henry ainsi que plus de 1 000 établissements utilisant Banno Digital Platform.
Ces nombres se chevauchent potentiellement et ne doivent pas être additionnés mécaniquement.
Ils montrent surtout pourquoi Stablecore peut parler aujourd’hui d’une empreinte supérieure à 3 000 institutions.
La conformité constitue une autre couche qu’il faut éviter de reconstruire banque par banque
Ajouter un wallet et un bouton de trading ne suffit pas à transformer un système bancaire en plateforme d’actifs numériques exploitable.
Les transactions doivent aussi entrer dans les procédures existantes de contrôle du risque, de lutte contre le blanchiment et de surveillance des flux.
Stablecore a précisément multiplié les connexions dans cette direction.
En juillet, la société a annoncé une intégration avec Chainalysis afin d’injecter ses signaux de risque blockchain directement dans les workflows des établissements.
Le 15 septembre, elle a également annoncé un partenariat avec Nasdaq Verafin pour rapprocher données d’activité fiat et actifs numériques dans les systèmes de détection de criminalité financière.
La crypto n’est donc pas ajoutée à côté de la conformité bancaire. Stablecore essaie de la faire traverser les mêmes systèmes.
La difficulté est précisément que blockchain et banque ne décrivent pas une transaction de la même manière
Une transaction bancaire conventionnelle possède des comptes, des titulaires identifiés, des règles internes et une quantité de métadonnées propres aux systèmes financiers.
Une transaction on-chain expose d’autres informations : adresses, contrat, réseau, historique public et contreparties dont l’identité n’est pas nécessairement lisible directement depuis la blockchain.
Les outils de conformité doivent donc relier ces deux représentations.
C’est une partie beaucoup moins visible du produit que l’achat de crypto dans une application bancaire, mais elle conditionne fortement la capacité d’un établissement régulé à déployer ce type de service à grande échelle.
Coinbase multiplie les partenariats qui font disparaître Coinbase de l’écran
Six jours avant l’annonce avec Stablecore, Coinbase avait déjà annoncé un autre partenariat avec Moov.
Celui-ci vise à apporter paiements stablecoin, règlement et financement en temps réel à la base de plus de 1 000 banques communautaires et credit unions desservie par la plateforme de paiement.
Les deux accords ne sont pas identiques.
Moov est particulièrement orienté infrastructure de paiement, alors que Stablecore se présente comme un digital asset core plus large reliant trading, garde, stablecoins, dépôts tokenisés et autres services à la pile bancaire.
Ils racontent néanmoins la même stratégie.
Coinbase veut être utilisé par des banques qui n’ont aucune intention de devenir elles-mêmes des exchanges.
Le vrai concurrent n’est alors plus uniquement un autre exchange
Dans cette architecture, la bataille se déplace.
Il ne s’agit plus simplement de savoir si un consommateur choisit Coinbase plutôt qu’une autre application crypto.
Il faut convaincre des fournisseurs de logiciels bancaires, des équipes IT, des responsables conformité et des institutions financières que l’infrastructure peut être intégrée sans désorganiser leur système existant.
C’est un processus beaucoup plus lent que télécharger une application.
En revanche, une intégration réussie peut distribuer le même service à une population beaucoup plus large sans acquisition individuelle de chaque utilisateur.
Les banques locales disposent d’un avantage que les applications crypto n’ont pas facilement
Elles possèdent déjà les comptes principaux de leurs clients.
Salaire, prêt, carte bancaire, historique de transaction et dépôt vivent souvent au même endroit.
Ajouter les actifs numériques à cette relation peut être plus naturel pour certains clients que créer une deuxième vie financière sur une plateforme spécialisée.
C’est précisément l’argument de Stablecore : permettre aux institutions locales de conserver les dépôts et la relation de crédit tout en ajoutant des produits numériques sous leur propre marque.
Évidemment, cela ne garantit pas que leurs clients les utiliseront.
Mais cela retire une première barrière : l’absence pure et simple de fonctionnalité.
Le terme « white-label » est ici presque plus important que « stablecoin »
Stablecore présente ses solutions comme des briques intégrables sous la marque de la banque.
Cela change la distribution du produit.
Le client n’a pas nécessairement besoin de savoir quelle combinaison de fournisseurs exécute la garde, la conversion, le screening blockchain ou l’orchestration technique.
Exactement comme il ne connaît généralement pas la liste complète des prestataires qui exécutent un paiement par carte ou un virement.
Si les actifs numériques deviennent réellement une couche d’infrastructure financière, cette invisibilité est probablement le résultat attendu.
La partie la plus difficile commencera après l’intégration technique
Connecter Coinbase à un core banking ne décide pas à la place de la banque quels actifs elle veut proposer, à quels clients, avec quelles limites ou quelles politiques de risque.
Les établissements restent responsables de choix opérationnels et réglementaires propres à leur activité.
Certaines institutions pourront vouloir uniquement des paiements stablecoin.
D’autres pourront ajouter garde et trading.
Certaines ne déploieront rien malgré la disponibilité technique.
C’est pourquoi les 3 000 établissements constituent un plafond d’accès potentiel et non une prévision d’adoption.
Le partenariat est peut-être surtout un signe que la crypto change de couche
La première génération de services crypto grand public demandait généralement au client de venir vers une nouvelle plateforme.
Cette génération d’accords fait l’inverse : elle envoie l’infrastructure crypto dans des plateformes qui existent déjà.
C’est moins spectaculaire qu’une nouvelle blockchain ou un nouveau token.
Techniquement, c’est probablement plus important pour la distribution.
Si cette stratégie fonctionne, l’utilisateur d’un stablecoin pourrait finir par ne jamais ouvrir Coinbase, ne jamais installer de wallet spécialisé et ne jamais considérer qu’il utilise un produit crypto distinct.
Il verra simplement une fonction supplémentaire dans son application bancaire.
Et pour Coinbase, être invisible pourrait alors devenir une activité aussi stratégique qu’être l’application visible au premier plan.