L'objectif a été publié le 7 septembre dans la nouvelle liste de priorités du Protocol Cluster de l'Ethereum Foundation.

La formulation est inhabituellement ferme : Ethereum L1 doit viser une résistance quantique complète sur l'exécution, le consensus et les données d'ici décembre 2029.

La Fondation prévoit de réexaminer cette échéance en janvier 2027 avec des experts externes. D'ici là, elle la considère comme non négociable pour la planification.

Cela ne signifie absolument pas que l'Ethereum Foundation sait qu'un ordinateur quantique cassera Ethereum en janvier 2030.

Elle fait volontairement l'hypothèse pessimiste d'un « Q-Day » possible dès 2030 afin d'éviter d'avoir à improviser une migration cryptographique lorsqu'une telle machine existera déjà.

Ethereum n'a pas une seule cryptographie à remplacer

Le problème est beaucoup plus compliqué que de modifier l'algorithme utilisé par un wallet.

Les comptes Ethereum classiques reposent sur ECDSA avec la courbe secp256k1 pour signer les transactions.

Le consensus Proof of Stake utilise de son côté des signatures BLS afin que les votes de centaines de milliers de validateurs puissent être agrégés efficacement.

Et les blobs utilisés pour les données des rollups dépendent aujourd'hui de commitments KZG.

Ces mécanismes n'ont pas exactement la même fonction, mais ils ont un point commun gênant : certains de leurs fondements mathématiques seraient vulnérables à un ordinateur quantique suffisamment puissant exécutant l'algorithme de Shor.

Vos ETH ne sont pas en danger aujourd'hui

La distinction est essentielle.

Les ordinateurs quantiques actuels sont très loin des capacités nécessaires pour récupérer une clé privée Ethereum à partir d'une clé publique.

L'Ethereum Foundation elle-même décrit donc cette transition comme une préparation à long terme, pas comme une réaction à une attaque imminente.

Google Quantum AI estimait au printemps qu'une attaque contre une cryptographie elliptique 256 bits pourrait nécessiter environ 1 200 qubits logiques.

Un qubit logique fiable nécessite aujourd'hui beaucoup de qubits physiques et de correction d'erreurs. Les machines disponibles ne sont pas encore à ce niveau opérationnel.

Le problème est que la migration du réseau pourrait elle aussi demander plusieurs années.

Un compte qui a déjà dépensé de l'ETH est plus exposé à terme

Sur un compte Ethereum classique, l'adresse visible avant la première transaction est dérivée d'un hash de la clé publique.

Dès que ce compte signe et diffuse une transaction, sa clé publique peut être reconstruite à partir de la signature et devient alors une information durablement disponible sur la chaîne.

Dans un monde où un ordinateur quantique suffisamment puissant existerait, cette clé publique pourrait théoriquement servir à retrouver la clé privée.

Un compte qui n'a jamais envoyé de transaction bénéficie donc d'une couche de protection supplémentaire tant que sa clé publique n'a pas été révélée.

Cela ne dispense pas d'une migration future : l'objectif reste que les comptes puissent finalement adopter des signatures résistantes au quantique.

L'account abstraction doit permettre de changer de signature sans refaire Ethereum à chaque fois

L'une des idées importantes de la feuille de route est la « cryptographic agility ».

Plutôt que d'imposer à tous les comptes Ethereum un unique algorithme post-quantique pour les décennies à venir, l'account abstraction native doit permettre à des comptes d'utiliser différents mécanismes de validation.

EIP-8141, actuellement envisagé dans la trajectoire autour de Hegotá, fait partie des briques susceptibles de rendre cette flexibilité possible.

Un wallet pourrait alors migrer vers un schéma de signature post-quantique sans demander un nouveau hard fork chaque fois qu'un meilleur algorithme apparaît.

C'est important parce que la cryptographie post-quantique n'est pas un domaine stabilisé pour toujours. Les compromis entre taille des signatures, vitesse et hypothèses de sécurité continueront probablement d'évoluer.

Les validateurs posent un problème encore plus gros

Les signatures BLS utilisées dans le consensus Ethereum sont petites et surtout très faciles à agréger.

Des milliers de validateurs peuvent signer, puis le réseau manipule une preuve beaucoup plus compacte que toutes les signatures prises séparément.

Les alternatives post-quantiques basées sur des fonctions de hachage sont beaucoup plus volumineuses.

L'Ethereum Foundation travaille notamment sur leanXMSS pour les validateurs et sur leanVM afin de compresser ou de prouver efficacement de grandes quantités de signatures.

La documentation Ethereum estime qu'une signature hash-based peut atteindre environ 3 000 octets contre 96 octets pour une signature BLS.

Faire un simple remplacement un pour un ferait donc exploser la quantité de données que le réseau doit traiter.

Même les données des rollups doivent changer de fondation

La résistance quantique concerne également la couche de disponibilité des données.

Ethereum utilise actuellement KZG pour les engagements cryptographiques associés notamment aux blobs.

Ces commitments reposent eux aussi sur des structures algébriques vulnérables à Shor.

La feuille de route Lean Ethereum explore des systèmes reposant davantage sur des fonctions de hachage, notamment autour de leanDA, ainsi que d'autres mécanismes capables de remplacer progressivement KZG.

Les STARKs et certaines constructions basées sur les réseaux euclidiens figurent parmi les familles étudiées.

Le calendrier passe par plusieurs forks qui devront se chevaucher

Le plus gros problème est maintenant le temps.

Dans la Strawmap de juillet, la résistance quantique complète se situait au jalon L*, cinq hard forks après Glamsterdam.

Avec Glamsterdam prévu pour décembre 2026 et une arrivée de L* en décembre 2029, il faudrait tenir une moyenne d'environ 7,2 mois entre les forks.

La Fondation reconnaît explicitement que ce rythme est agressif.

Les équipes ne pourront pas terminer un fork, attendre son déploiement, puis seulement commencer le suivant. La spécification de l'un devra progresser pendant que les clients implémentent déjà le précédent.

I* doit commencer par enregistrer des clés post-quantiques

La première grande étape prévue après Hegotá est I*.

Elle doit notamment introduire un registre de clés publiques post-quantiques permettant aux validateurs d'associer de nouvelles clés résistantes au quantique à leurs identités existantes.

Ce registre ne rend pas immédiatement tout le consensus post-quantique.

Il prépare la transition en donnant au réseau un moyen de connaître à l'avance les nouvelles identités cryptographiques que les validateurs pourront utiliser.

J* est le filet de sécurité si le temps vient à manquer

La feuille de route contient désormais une étape appelée Minimum Viable Post-Quantum, ou MV-PQ.

Elle est prévue autour du jalon J*.

Le plan rassemble notamment un heartbeat post-quantique pour le consensus, leanDA pour l'échantillonnage des données et des transactions leanSPHINCS côté exécution.

L'objectif est particulièrement révélateur : même si la migration complète n'est pas terminée, Ethereum doit disposer d'un mode lui permettant de survivre à un Q-Day avec des garanties réduites.

Les chercheurs n'ont pas encore défini précisément ce que toutes ces garanties réduites impliqueraient.

MV-PQ est donc un plan de continuité, pas l'état final souhaité.

La finalité économique complète demande encore davantage de travail

Une version minimale résistante au quantique n'est pas équivalente à un Ethereum complètement reconstruit.

Pour atteindre l'objectif final, le réseau doit encore intégrer des attestations post-quantiques capables d'assurer la finalité économique du consensus, ainsi que terminer la migration de la couche de données et de l'exécution.

L'ordre de K* et L* pourrait encore changer.

La Fondation envisage notamment d'avancer lean consensus d'un fork et de repousser certaines preuves d'exécution obligatoires.

Le calendrier est fixé. Une partie du chemin technique ne l'est pas encore.

Ethereum choisit volontairement une date peut-être trop tôt

La Fondation reconnaît elle-même que la plupart des estimations crédibles placent le Q-Day après 2030, parfois beaucoup plus tard.

Il est même possible qu'une machine quantique capable de casser la cryptographie actuelle à cette échelle n'arrive jamais selon le calendrier aujourd'hui imaginé.

Mais attendre une estimation parfaite créerait un problème insoluble : personne ne peut annoncer trois ans à l'avance la date exacte d'une percée scientifique.

Google, Microsoft et Cloudflare ont eux aussi retenu 2029 comme jalon majeur pour leurs migrations post-quantiques.

Ethereum préfère donc synchroniser sa préparation avec cette fenêtre et se retrouver prêt trop tôt plutôt que trop tard.

Pour l'utilisateur, il n'y a encore rien à faire

Aucune migration manuelle urgente n'est demandée aux détenteurs d'ETH.

Les nouveaux mécanismes ne sont pas encore disponibles sur le mainnet et les wallets ne proposent pas aujourd'hui un bouton permettant de transformer un compte classique en compte définitivement post-quantique.

Lorsque ces systèmes seront suffisamment stabilisés, les logiciels de wallet devront guider les utilisateurs dans la transition.

Le cas des comptes dormants reste cependant ouvert.

Un propriétaire qui ne revient jamais déplacer ses fonds peut conserver une clé vulnérable bien après que le reste du réseau a migré. L'Ethereum Foundation reconnaît qu'aucun consensus de gouvernance n'existe encore sur la manière de traiter ces comptes.

2029 n'est donc pas une prédiction, c'est une date limite

La nouveauté la plus importante de cette feuille de route n'est pas l'apparition soudaine d'un nouvel algorithme quantique.

Ethereum travaille sur ces questions depuis plusieurs années et dispose déjà d'une équipe dédiée, de devnets d'interopérabilité et d'implémentations expérimentales.

Ce qui change est la priorité.

Les prochains EIP ne vont plus seulement se disputer une place dans les forks en fonction de leurs gains de performance ou de leur intérêt fonctionnel. Ils seront aussi jugés par rapport à une horloge.

Décembre 2029.

Un ordinateur quantique capable d'attaquer Ethereum n'existe toujours pas. La Fondation a décidé qu'elle voulait avoir fini une grande partie du travail avant qu'il ait une chance d'exister.