Une enquête centrée sur les contrôles de Binance
Des procureurs fédéraux du bureau du procureur américain à Manhattan et de la division criminelle du Department of Justice examinent les activités de Binance en lien avec les sanctions américaines contre l'Iran. Bloomberg a révélé l'existence de l'enquête, information ensuite confirmée à Reuters par une source au fait du dossier.
La question centrale est particulièrement sensible pour une plateforme d'échange : les enquêteurs cherchent notamment à savoir si Binance a sciemment permis certaines opérations qui auraient dû être bloquées au titre des sanctions. Les autorités concernées n'ont pas détaillé publiquement l'étendue de l'enquête et le Department of Justice n'a pas annoncé de nouvelles poursuites contre Binance dans ce dossier.
Deux sociétés déjà citées dans une procédure américaine
Le contexte s'est durci quelques jours auparavant. Le 14 septembre, le bureau du procureur fédéral du district sud de New York a demandé la confiscation d'environ 61 millions de dollars en cryptoactifs qu'il présente comme provenant de ventes clandestines de pétrole iranien.
La plainte civile affirme notamment que Blessed Trust et Hexa Whale, deux sociétés chinoises, ont utilisé des comptes de trading Binance afin de transférer des fonds liés à ces ventes. Il s'agit d'allégations contenues dans une procédure de confiscation civile : le ministère américain de la Justice précise lui-même que ces accusations ne sont pas considérées comme prouvées tant qu'un tribunal n'a pas rendu de jugement.
Binance oppose son propre récit
Binance affirme appliquer une politique de tolérance zéro concernant les violations de sanctions. Dans sa réaction à l'enquête rapportée cette semaine, l'entreprise a déclaré coopérer pleinement avec les forces de l'ordre et vouloir identifier puis exclure les acteurs utilisant sa plateforme à des fins illicites.
Le désaccord sur les flux liés à l'Iran n'est pas nouveau. Dans plusieurs publications de mars 2026, Binance avait déjà contesté des articles mettant en cause son dispositif de conformité. La société affirmait avoir enquêté sur Blessed Trust et Hexa Whale après des demandes des autorités, puis avoir fermé les comptes concernés. Binance soutenait également qu'à sa connaissance aucun compte de sa plateforme n'avait directement transigé avec une entité située en Iran.
Dans une autre réponse publiée en mars, Binance évaluait à environ 126,1 millions de dollars la part maximale de certains flux étudiés ayant finalement atteint des portefeuilles présentant des liens avec l'Iran après plusieurs intermédiaires. L'entreprise indiquait que jusqu'à 24,1 millions de dollars auraient atteint des portefeuilles associés aux Gardiens de la révolution. Ces chiffres proviennent de Binance et constituent sa propre analyse du dossier, pas une conclusion indépendante des autorités.
Le passif réglementaire change la portée de l'affaire
Cette nouvelle enquête arrive alors que Binance traîne déjà un dossier américain particulièrement lourd. En 2023, l'entreprise avait plaidé coupable dans une procédure portant notamment sur ses obligations de lutte contre le blanchiment et sur des violations de sanctions, avec un règlement de plus de 4 milliards de dollars.
C'est ce passé qui rend la question actuelle plus importante qu'une simple transaction suspecte isolée. Une grande plateforme crypto reçoit nécessairement des flux provenant d'une multitude d'intermédiaires et aucune infrastructure financière ne peut garantir qu'un acteur malveillant n'essaiera jamais de l'utiliser. Le point examiné par les enquêteurs est différent : il concerne la capacité des contrôles à identifier ces opérations et, surtout, ce que Binance savait lorsqu'elles ont été autorisées ou maintenues.
Pas encore un verdict
Les éléments publics permettent donc de parler d'une nouvelle affaire sérieuse pour Binance, mais pas d'une culpabilité établie. L'existence de l'enquête est rapportée par plusieurs médias et la procédure de confiscation concernant les 61 millions de dollars est publique. La question de savoir si Binance a elle-même sciemment enfreint les sanctions reste, elle, précisément ce que les autorités cherchent à déterminer.
Pour le secteur crypto, le dossier touche à un problème beaucoup plus concret que les habituels débats sur le cours du Bitcoin : à mesure que les grandes plateformes se rapprochent du système financier traditionnel, leurs outils de connaissance client, de surveillance des transactions et de filtrage des sanctions sont jugés avec les mêmes attentes que ceux d'une institution financière classique.