Bitcoin reste pourtant le thermomètre le plus visible. Après avoir souffert lorsque le Sénat américain n'a pas réussi à faire avancer son grand texte de régulation crypto mi-septembre, BTC a rebondi avec le retour de l'appétit pour les actifs risqués. Reuters relevait encore une hausse de plus de 6 % le 21 septembre, au moment où les valeurs technologiques repartaient elles aussi fortement à la hausse.

Cela donne surtout une bonne indication du régime actuel. Bitcoin n'évolue pas dans une bulle séparée du reste des marchés : taux américains, dollar, pétrole, actions technologiques et tensions géopolitiques continuent de provoquer des mouvements rapides.

Le CLARITY Act cale au Sénat américain

Le 15 septembre, le Sénat américain n'a pas réuni les voix nécessaires pour faire avancer le CLARITY Act lors d'un vote procédural, avec un résultat de 49 voix contre 50. Le projet devait notamment clarifier la répartition des compétences réglementaires sur les actifs numériques.

Son blocage ne signifie pas que toute évolution réglementaire américaine s'arrête. C'est même là que septembre devient intéressant : deux jours plus tard, la SEC avançait seule sur un autre front.

La SEC autorise une expérimentation de cinq ans sur les actions tokenisées

Le 17 septembre, le régulateur américain a accordé une exemption temporaire et conditionnelle permettant à certains Tokenized Securities Venues de négocier des actions américaines tokenisées sur des infrastructures blockchain.

Le cadre est loin d'être un laisser-faire général. Le nombre de titres et les volumes restent limités, les smart contracts doivent être publics et auditables et les actions tokenisées doivent offrir les mêmes droits que les titres traditionnels correspondants. Les émetteurs peuvent également s'opposer à la présence de leurs actions sur ces plateformes.

L'exemption doit expirer cinq ans après sa publication. La SEC la présente donc explicitement comme une phase d'expérimentation avant d'éventuelles règles plus durables.

C'est probablement l'un des changements les plus concrets du mois : la tokenisation sort progressivement des démonstrations de laboratoire pour entrer dans le fonctionnement réglementé de marchés existants.

L'Europe ne regarde plus la blockchain uniquement depuis la touche

Le mouvement est différent en Europe, mais la direction générale ressemble de moins en moins à un rejet de la technologie. Le 21 septembre, l'Eurosystème a lancé Pontes, son infrastructure permettant de régler en monnaie de banque centrale des transactions portant sur des actifs tokenisés.

L'idée est importante : une banque ou une infrastructure de marché peut utiliser des actifs inscrits sur une technologie de registre distribué sans devoir nécessairement régler la transaction avec un stablecoin privé.

La BCE va même plus loin. Elle prépare l'investissement d'une petite partie de ses propres fonds dans des titres tokenisés en euros émis par des institutions publiques ou supranationales, avec règlement via Pontes.

On est assez loin du vieux débat consistant à demander si « les banques vont utiliser la blockchain ». Certaines commencent surtout à décider quelle blockchain, quel actif et quel système de règlement elles veulent utiliser.

Les stablecoins deviennent un morceau d'infrastructure financière

Le 22 septembre, Binance a investi 100 millions de dollars dans Circle et renouvelé pour cinq ans son accord commercial autour de l'USDC. Binance doit renforcer la distribution du stablecoin, notamment sur les marchés émergents, pendant que Circle continue de fournir l'infrastructure nécessaire à son utilisation.

Ce rapprochement montre à quel point les stablecoins ont changé de catégorie. Il ne s'agit plus seulement de jetons utilisés pour passer d'une paire de trading à une autre. Ils servent de rails pour les paiements, l'épargne en dollar, les transferts internationaux et les services financiers intégrés aux plateformes.

L'Europe cherche en parallèle à ajuster son propre cadre. La BCE et plusieurs banques centrales nationales proposent de modifier une partie des règles MiCA concernant les réserves des émetteurs de stablecoins. Elles préfèrent imposer davantage d'actifs rapidement mobilisables plutôt qu'un pourcentage fixe de dépôts bancaires.

La discussion paraît très technique. Elle touche pourtant directement à la manière dont des centaines de milliards d'actifs potentiels peuvent circuler entre banques, obligations à court terme et utilisateurs de stablecoins.

Ethereum retrouve du mouvement avant Glamsterdam

Ethereum bénéficie aussi d'un regain d'intérêt propre. Reuters relevait le 22 septembre qu'Ether avait dépassé une importante zone de résistance après une hausse de plus de 30 % entamée fin août. Cela reste de l'analyse technique et non une garantie de poursuite de la hausse, mais le contraste avec le premier semestre beaucoup plus difficile est visible.

Il y a également un calendrier technique derrière ce regain d'attention. Glamsterdam est toujours attendu sur le mainnet au quatrième trimestre 2026, sans date définitive pour le moment. Le passage sur Sepolia est prévu le 6 octobre.

Cette mise à niveau doit notamment préparer davantage de parallélisation, augmenter la capacité du réseau et réduire certaines contraintes liées au stockage de l'état. Un des changements programmés doit aussi diminuer le coût intrinsèque d'une transaction ETH simple.

Ethereum Foundation regarde déjà plus loin. Hegotá est prévu pour 2027 et doit notamment renforcer la résistance à la censure via les inclusion lists. L'organisation a également fixé comme objectif interne un Ethereum L1 résistant aux attaques quantiques sur ses différentes couches d'ici décembre 2029.

Le marché reste pourtant loin d'être redevenu simple

Le retour de certains actifs ne doit pas effacer l'année compliquée qui précède. Au deuxième trimestre, l'indice CoinDesk 20 avait perdu 17,9 % tandis que les ETF Bitcoin américains enregistraient leur plus forte sortie trimestrielle depuis leur création. Pendant ce temps, une partie du capital global se dirigeait massivement vers les valeurs liées à l'IA.

La situation institutionnelle est elle-même paradoxale. Les flux ETF ont parfois été faibles ou négatifs, alors que le trading professionnel, les produits tokenisés et les services bancaires dédiés aux actifs numériques continuaient de progresser. Standard Chartered a par exemple lancé début septembre le trading spot de Bitcoin et d'Ether pour ses clients institutionnels aux Émirats arabes unis.

La crypto de 2026 ne ressemble donc plus beaucoup au marché où tout montait ou baissait ensemble derrière Bitcoin.

Ce qu'il faut surveiller maintenant

  • Bitcoin : réaction aux taux américains, au dollar et aux mouvements généraux des actifs risqués
  • Ethereum : tests de Glamsterdam et passage prévu sur Sepolia le 6 octobre
  • États-Unis : suites du CLARITY Act et mise en pratique de l'exemption SEC sur les actions tokenisées
  • Europe : démarrage opérationnel de Pontes et évolution des règles MiCA sur les réserves des stablecoins
  • Stablecoins : intégration renforcée de l'USDC chez Binance et concurrence entre infrastructures en dollars
  • Institutionnels : banques, marchés tokenisés et produits réglementés plutôt que simple accumulation de BTC

Le changement le plus intéressant n'est finalement pas un nouveau sommet de telle ou telle crypto. C'est le rapprochement rapide entre deux mondes qui passaient encore beaucoup de temps à expliquer pourquoi ils étaient incompatibles.

En septembre 2026, Wall Street, la BCE, la SEC, Binance, Circle et Ethereum ne construisent évidemment pas la même chose. Ils travaillent désormais tous sur une variante de la même question : comment faire circuler des actifs financiers sur des infrastructures blockchain sans casser le reste du système.