Commençons par le grand classique. Le 6 septembre, 600 BTC issus de récompenses de minage datant de 2010 ont été déplacés après environ seize ans d'inactivité. Douze anciennes adresses, chacune associée à une récompense de bloc de 50 BTC, se sont soudainement remises à bouger.

La suite était presque automatique : « les bitcoins de Satoshi se réveillent ». Le problème est que Whale Alert, après analyse des adresses concernées, a indiqué n'avoir trouvé aucun lien avec Satoshi Nakamoto. Les pièces viennent bien de l'époque des débuts de Bitcoin. Cela ne transforme pas pour autant leur propriétaire en créateur du protocole.

Tous les vieux bitcoins ne sont pas ceux de Satoshi

La confusion est entretenue par un raccourci assez pratique : « Satoshi-era » signifie simplement qu'un bitcoin a été miné pendant les premières années du réseau. L'expression décrit une période. Elle n'identifie pas une personne.

La nuance est devenue d'autant plus utile que les vieux portefeuilles se réveillent à répétition. Entre le 6 et le 22 septembre, quatre portefeuilles longtemps dormants ont déplacé au total 1 971,03 BTC, soit environ 161 millions de dollars au moment des transactions, selon les données suivies par Galaxy Research et rapportées par Decrypt.

L'un des lots remontait à 2011. Un autre n'avait pas bougé depuis 2016. Rien dans ces mouvements ne permet automatiquement de conclure à une vente, encore moins à une apparition soudaine de Satoshi avec les clés de la caisse.

La prophétie 4chan qui connaît déjà le prix d'octobre

Autre morceau de folklore : une capture attribuée à un ancien message publié sur 4chan continue de circuler en annonçant Bitcoin à 145 000 dollars en octobre 2026. La promesse est séduisante parce que l'image prétend provenir de 2018 et avoir déjà prédit plusieurs étapes du marché.

Le souci est beaucoup plus banal. L'origine du message n'a pas pu être authentifiée correctement : pas d'archive fiable permettant de remonter au post original, versions différentes de la même capture et chiffres incohérents selon les reproductions.

Ce n'est donc pas une ancienne prophétie que l'on peut sérieusement vérifier. C'est surtout une image qui circule très bien.

MARA achète 1 292 BTC... sauf qu'elle ne les a pas achetés

Le 16 septembre, un mouvement de 1 292 BTC vers MARA Holdings a offert un exemple plus moderne du même problème. Plusieurs outils de suivi et publications ont interprété le transfert, évalué à environ 98,6 millions de dollars, comme une nouvelle acquisition de Bitcoin par le mineur américain.

MARA a dû corriger l'histoire le lendemain. Les bitcoins n'étaient pas nouvellement achetés : ils revenaient simplement d'un prêt effectué via FalconX.

Le détail est moins spectaculaire, mais il correspond beaucoup mieux aux comptes de l'entreprise. Dans son rapport trimestriel, MARA explique qu'elle prête une partie de ses bitcoins à différentes contreparties et qu'elle en rappelle régulièrement. Un retour vers ses propres adresses peut donc ressembler à un achat si l'on observe uniquement la transaction entrante.

Le plus amusant est que ce n'était même pas la première fois en 2026 que MARA devait faire cette précision.

Et maintenant, le cerveau de mouche qui mine vraiment du Bitcoin

C'est ici que l'histoire devient plus difficile à caricaturer, parce que l'idée la plus absurde du lot existe réellement sous forme de démonstration.

FutureBit a dévoilé HashFly, une expérience qui exploite une simulation numérique du connectome d'une mouche du vinaigre pour effectuer des calculs liés au double SHA-256 utilisé par Bitcoin. Le système s'appuie sur 2 914 traces neuronales issues d'un modèle beaucoup plus vaste du cerveau de l'insecte.

Non, une mouche n'est pas actuellement branchée sur une alimentation électrique en train de concurrencer un entrepôt rempli d'ASIC. HashFly tourne dans un navigateur et n'atteint qu'environ 100 kH/s dans sa démonstration, là où les machines de minage spécialisées se mesurent en térahashes par seconde.

FutureBit avance néanmoins une hypothèse volontairement expérimentale : si un système de vrais neurones organiques pouvait être mis à l'échelle pour ce type de calcul, il pourrait théoriquement fonctionner autour d'un watt par térahash, soit environ dix fois mieux que certains ASIC 3 nm actuels selon l'entreprise.

Le conditionnel travaille énormément dans cette phrase.

Le vrai point commun : une donnée devient immédiatement une histoire

Ces cas n'ont pas la même gravité. La rumeur Satoshi repose sur une extrapolation. La prédiction 4chan sur une image impossible à authentifier. Le faux achat de MARA provient d'une mauvaise lecture d'un mouvement réel. HashFly, lui, est un vrai prototype dont la description devient simplement beaucoup plus spectaculaire une fois réduite à « une mouche mine du Bitcoin ».

La blockchain rend les transactions publiques. Elle ne fournit pas automatiquement l'intention, l'identité du propriétaire ou la raison économique d'un mouvement. C'est précisément dans cet espace vide que les meilleures rumeurs crypto trouvent de quoi travailler.

En septembre, elles ont été plutôt bien servies.