Anthropic a ouvert le 27 août une research preview de MHS auprès d'un premier groupe de laboratoires scientifiques et de fabricants avancés. Ce n'est pas encore un standard ouvert à tous : l'entreprise veut utiliser cette phase pour développer des évaluations de sécurité et des pratiques communes avant une publication en open source.

Le problème auquel MHS s'attaque est assez banal dans un laboratoire et pénible à résoudre. Un microscope, une caméra, un robot ou un appareil de mesure peuvent venir de constructeurs différents, utiliser plusieurs langages et exposer chacun leur propre interface. Anthropic explique que l'intégration de ces équipements peut alors prendre des semaines ou des mois.

Un pilote commun entre l'agent et la machine

MHS introduit un driver standardisé entre les équipements et le logiciel qui les contrôle. Le principe repose sur des opérations élémentaires comme lire une valeur ou en écrire une nouvelle : récupérer une température, modifier une consigne, connaître la position d'un axe ou lancer une procédure.

Le driver décrit aussi les caractéristiques du matériel dans un format commun. Des informations qui restent souvent dispersées dans des manuels ou dans la tête des spécialistes peuvent être ajoutées en langage naturel : masse d'un bras robotique, paramètres disponibles, limites de fonctionnement ou mesures accessibles.

Une fois cette description générée, un agent peut découvrir l'appareil sur le réseau et savoir quelles opérations lui sont permises. Le contrôle peut ensuite passer par MCP, une interface en ligne de commande ou des fichiers de code utilisant des API.

Ce n'est déjà plus seulement une démonstration

Anthropic publie plusieurs essais réalisés avec des partenaires. À HHMI Janelia, MHS a servi à réunir dans une même interface un dispositif de microscopie auparavant réparti entre sept programmes de constructeurs différents. L'ajout d'une nouvelle caméra, décrit comme un travail de plusieurs jours avant cette intégration, a alors été réalisé en quelques minutes.

Chez QuEra, qui développe des ordinateurs quantiques à atomes neutres, un agent a été relié à une partie du système laser. Anthropic et QuEra rapportent qu'un contrôleur développé pendant le projet est parvenu à récupérer le verrouillage du laser dans 99,3 % des cas sans intervention humaine.

Un autre test effectué dans les laboratoires de l'Université de Washington combine notamment un bras robotique et un manipulateur de liquides. Le système peut surveiller une qPCR, observer ses courbes et interrompre la procédure au moment approprié.

L'agent peut ajuster l'expérience, mais il ne comprend pas toujours ce qu'il touche

C'est là que la preview devient plus intéressante qu'une simple liste de machines compatibles. Anthropic documente aussi des erreurs. Lors d'expériences avec Genentech, Claude a rencontré des problèmes provoqués par des bulles dans des liquides manipulés par pipette. Sa première réaction a été de réessayer avec d'autres paramètres dans le même puits, ce qui a créé davantage de bulles.

Les chercheurs ont dû lui expliquer que le problème était physique et non logiciel. Après cette intervention, Claude a conservé le contexte et appliqué une stratégie plus adaptée pour le reste de l'expérience.

Anthropic reconnaît également que les modèles disposent d'une compréhension spatiale et physique limitée. Dans les essais de QuEra, l'agent ne savait pas nécessairement diagnostiquer une défaillance matérielle réelle et pouvait suspendre une expérience pendant des heures en attendant une validation humaine lorsqu'il jugeait une action risquée.

La sécurité va devoir descendre jusqu'au niveau du driver

La promesse d'un agent capable d'enchaîner seul des commandes change forcément la nature du risque. Un mauvais appel logiciel peut faire échouer une tâche ; une mauvaise commande envoyée à un robot, un laser ou un système manipulant des échantillons peut produire un problème physique.

MHS permet donc de déclarer des limites de sécurité dans la description des appareils. Anthropic prévoit aussi d'étudier plus précisément les conditions dans lesquelles une approbation humaine doit rester obligatoire et annonce une feuille de route dédiée à la sécurité physique.

La compatibilité reste elle aussi partielle. MHS fonctionne aujourd'hui avec les équipements disposant d'une interface programmable. Les machines qui n'en ont pas encore nécessitent qu'un constructeur ou un développeur crée le driver correspondant.

AWS, Raspberry Pi et plusieurs fabricants testent déjà le format

Le projet dépasse les laboratoires utilisés pour les premières démonstrations. AWS prévoit une prise en charge de MHS dans Strands Robots pendant la preview. Doosan Robotics le teste avec ses bras robotiques, Universal Robots prévoit de l'intégrer à sa plateforme et Tecan travaille sur sa gamme de systèmes de manipulation de liquides Fluent.

Raspberry Pi prépare également une intégration sur plusieurs produits après des essais avec son Camera MHS Driver. Hugging Face travaille de son côté à l'ajout du standard dans LeRobot.

Anthropic présente MHS comme indépendant du modèle utilisé : la couche matérielle n'est donc pas censée être réservée à Claude. L'entreprise veut désormais élargir la preview avant de publier le standard en open source, accompagné des enseignements tirés de ses évaluations de sécurité.