L’IFA se tient du 4 au 8 septembre à Messe Berlin. Dans son programme du 5 septembre, la robotique occupe une place assez difficile à rater : Robots on the Runway, Robots on Stage, RoboCup et une keynote entièrement consacrée à la Physical AI se succèdent dans la même journée.
Ce n’est pas seulement une nouvelle façon de baptiser un robot.
La Physical AI commence lorsque le modèle doit gérer un vrai plancher
L’IFA décrit la Physical AI comme l’association de l’intelligence artificielle avec la robotique, les capteurs et des infrastructures d’apprentissage capables de donner aux machines une perception de leur environnement.
La différence avec un assistant logiciel devient très concrète. Un modèle conversationnel peut produire une mauvaise réponse. Un robot doit aussi comprendre où se trouve une table, quelle force appliquer à un objet, comment éviter une personne ou ce qu’il faut faire lorsqu’un obstacle n’était pas prévu.
Perception, décision et action se retrouvent dans la même boucle.
NEURA Robotics pousse précisément cette définition à Berlin. L’entreprise allemande développe des robots cognitifs associant vision, audition, toucher, mobilité et apprentissage, avec l’idée de partager certaines capacités à travers son écosystème logiciel Neuraverse.
Des robots prennent littéralement la place des mannequins
Le programme officiel prévoit Robots on the Runway le 5 septembre à 12 h 45 sur la Creator Stage. Pendant une heure, ce sont des robots qui occupent le podium.
L’IFA annonce des humanoïdes, des quadrupèdes et des compagnons robotisés. Certains doivent montrer des transformations, des figures acrobatiques, des poses ou de la danse.
Une seconde entrée du programme, Robots on Stage, débute à 13 heures et s’étend sur deux heures. L’IFA y associe onze exposants : Primebot Robots, EngineAI, Cozio Robotics, Dobot Robot, DEEP Robotics, Agibot, Unitree, ZBy – Mind with Heart, Ollobot, Astrall Dynamics et AIMOGA.
La mise en scène est évidemment faite pour attirer les téléphones. Elle dit aussi quelque chose du marché : quelques années après avoir surtout fréquenté les laboratoires et les salons industriels, les robots humanoïdes commencent à être montrés au même public que les téléviseurs, ordinateurs et aspirateurs.
Le RoboCup apporte un contrepoint moins marketing
La robotique de l’IFA ne se limite pas au podium. Le RoboCup fonctionne du 4 au 8 septembre avec des chercheurs et des étudiants, dont l’équipe Berlin United de la Humboldt-Universität zu Berlin.
Les machines s’affrontent notamment au football. Derrière le côté ludique, les difficultés sont classiques en robotique autonome : localisation, stratégie, équilibre, communication entre machines et réaction à un environnement qui change pendant l’action.
Le ballon, lui, ne respecte pas un prompt.
NEURA veut faire de l’Europe autre chose qu’un marché pour les robots des autres
À 14 h 30, David Reger, fondateur et CEO de NEURA Robotics, doit consacrer sa keynote à un sujet beaucoup moins spectaculaire que les saltos : l’écosystème industriel nécessaire pour construire de la Physical AI en Europe.
Le titre est explicite : « From Europe, for the World: Building the Ecosystem for Physical AI ».
Le discours de NEURA relie la robotique à la pénurie de main-d’œuvre et présente la Physical AI comme une industrie pouvant dépasser largement le seul marché des robots domestiques. L’argument reste celui de l’entreprise, pas une prévision indépendante.
La question industrielle, elle, existe déjà. Construire un humanoïde demande beaucoup plus qu’un grand modèle : moteurs, réducteurs, batteries, caméras, capteurs de force, électronique de sécurité, puissance de calcul embarquée, logiciels de contrôle et données obtenues sur de vraies machines.
Les données deviennent physiques elles aussi
C’est l’une des complications de cette nouvelle course à l’IA. Le web contient déjà des quantités gigantesques de texte et d’images pour entraîner des modèles génératifs. Il existe beaucoup moins de données montrant précisément comment un bras doit saisir des milliers d’objets différents sans les écraser ni les laisser tomber.
Les entreprises de robotique construisent donc des environnements physiques et simulés où les machines peuvent répéter des tâches, accumuler des trajectoires et transférer ensuite certains apprentissages.
Cette dépendance aux données issues du monde réel ralentit le processus. Elle introduit aussi des questions plus terre à terre : qui enregistre les caméras d’un robot domestique, où vont ces informations et combien de temps restent-elles conservées ?
« Autonome » reste un mot à surveiller de très près
Une démonstration sur scène et un robot laissé seul dans une maison pendant six mois ne constituent évidemment pas le même test.
Les vidéos de danse, de course ou de manipulation prouvent qu’un système peut accomplir une tâche dans les conditions présentées. Elles ne démontrent pas à elles seules sa fiabilité face aux enfants, animaux, escaliers, vêtements au sol et objets jamais rencontrés.
La sécurité devient également plus difficile à abstraire. Un chatbot peut halluciner. Un bras robotisé possède une masse, une vitesse et un couple.
L’IFA change surtout la place où l’on rencontre ces machines
La robotique industrielle existe depuis des décennies. Les concours de robots ne sont pas nouveaux non plus.
Ce qui change à Berlin en 2026 est leur voisinage. Humanoïdes, robots domestiques, PC IA et électroménager connecté se retrouvent dans un salon destiné aussi au grand public, sous un même programme « World of AI & Future of Tech ».
Le terme Physical AI risque naturellement de devenir aussi extensible que « AI » lui-même. Mais il décrit assez bien le déplacement visible cette année : après avoir appris à générer des réponses, l’industrie essaie maintenant de donner aux modèles des capteurs, des articulations et quelque chose à cogner lorsqu’ils se trompent.