Xiaomi a choisi le 7 septembre pour présenter son nouveau pliable en Chine, deux jours avant qu'Apple n'entre à son tour sur ce marché. La stratégie n'était pas particulièrement subtile.
Le produit, lui, est plus intéressant que le calendrier. Le 18 Fold abandonne les proportions très hautes de certains anciens pliables pour un format court et large que Xiaomi appelle « mid-fold ». Fermé, il mesure 117,8 x 83,6 mm et 10,68 mm d'épaisseur. Ouvert, il descend à 5,02 mm pour un poids de 219 g.
L'écran extérieur mesure 5,38 pouces. L'intérieur passe à 7,58 pouces.
Deux écrans pensés comme une feuille de papier
Xiaomi utilise sur les deux dalles un ratio proche de √2:1, soit les proportions employées par les formats de papier de la série A. L'idée est d'obtenir un affichage large une fois le téléphone ouvert tout en limitant les changements brutaux de mise en page lorsque l'on passe d'un écran à l'autre.
Les deux panneaux OLED utilisent une fréquence adaptative LTPO de 1 à 120 Hz et Xiaomi annonce jusqu'à 4 000 nits en pic dans certaines conditions.
Le 18 Fold reste donc plus épais fermé que certains rivaux particulièrement agressifs sur la finesse. C'est le prix à payer pour ce qu'il embarque derrière les écrans.
6 000 mAh dans 5,02 mm une fois ouvert
La batterie atteint 6 000 mAh. C'est beaucoup pour un pliable de ce format et nettement plus que ce que plusieurs concurrents directs proposent actuellement.
Xiaomi utilise une chimie silicium-carbone à forte teneur en silicium et annonce une densité énergétique pouvant atteindre 920 Wh/L. La recharge monte à 67 W en filaire et 50 W sans fil.
Le chiffre de capacité est impressionnant. L'autonomie réelle reste une autre question : deux écrans OLED, un SoC haut de gamme et une dalle interne de 7,58 pouces peuvent consommer cette réserve rapidement. Xiaomi n'a pas encore fourni de mesure indépendante permettant de transformer les 6 000 mAh en nombre d'heures crédible.
XRING O3 : Xiaomi met son propre silicium au cœur de son flagship
Le 18 Fold est surtout le premier smartphone haut de gamme de Xiaomi à utiliser le XRING O3, deuxième génération du SoC conçu en interne par l'entreprise.
La puce est produite en 3 nm et compte environ 24 milliards de transistors. Son CPU regroupe dix cœurs haute performance, tandis que le GPU comporte seize cœurs et repose sur la nouvelle architecture Mali G2-Ultra NX d'Arm.
Xiaomi revendique environ 60 % de performances supplémentaires et 25 % de consommation en moins par rapport à sa génération précédente. Ce sont des chiffres constructeur, pas encore un verdict indépendant.
Le GPU mérite une attention particulière. Arm y introduit ses nouvelles fonctions de rendu neuronal, avec notamment du super-échantillonnage utilisant l'IA. L'objectif ressemble beaucoup à celui poursuivi depuis plusieurs années sur PC : rendre une image à plus basse définition puis reconstruire davantage de détails afin d'obtenir plus de performances pour une consommation donnée.
La LPDDR6 existe déjà, mais seulement tout en haut de la gamme
Xiaomi profite également du 18 Fold pour mettre en avant la mémoire du fabricant chinois CXMT.
Les variantes 1 To passent à la LPDDR6, une première commerciale mise en avant par Xiaomi et CXMT. Les configurations moins coûteuses utilisent de la LPDDR5X.
Cela permet à Xiaomi de montrer un autre élément de sa stratégie : réduire progressivement sa dépendance aux composants étrangers sur ses appareils les plus avancés. Le processeur est conçu en interne, la mémoire haut de gamme vient d'un acteur chinois et HyperOS reste la couche logicielle maison.
Ce n'est pas encore un smartphone entièrement construit autour d'une chaîne d'approvisionnement chinoise. Cela s'en rapproche davantage qu'une génération auparavant.
Un pliable avec une vraie configuration photo
La photo est historiquement l'un des endroits où les pliables font des concessions. Les modules prennent de la place, les téléobjectifs périscopiques encore davantage.
Xiaomi installe pourtant trois caméras Leica au dos.
- Capteur principal de 200 MP avec stabilisation optique.
- Téléobjectif périscopique de 50 MP à environ 80 mm, soit un zoom optique 3,5x.
- Ultra grand-angle de 50 MP.
Le téléobjectif peut également exploiter un recadrage dans le capteur pour atteindre l'équivalent d'environ 160 mm sans passer immédiatement par un zoom numérique classique.
L'intérêt n'est pas d'avoir écrit « 200 MP » le plus gros possible sur une fiche technique. C'est surtout que Xiaomi refuse ici de réserver son meilleur système photo uniquement à ses smartphones rigides.
Le compromis est ailleurs : pour l'instant, il faut habiter en Chine
La version 12 Go + 256 Go débute à 10 999 yuans. Les prix montent à 11 999 yuans pour 512 Go, 12 999 yuans pour 16 Go + 512 Go et 14 999 yuans pour la version 16 Go + 1 To équipée de LPDDR6.
Une Ceramic Special Edition de 16 Go + 1 To atteint 15 999 yuans.
Les ventes chinoises ont commencé le 10 septembre.
Aucun lancement européen ou nord-américain n'est confirmé. Et c'est probablement la limite la plus frustrante de la fiche technique : Xiaomi peut mettre 6 000 mAh, un périscope, son propre SoC et de la LPDDR6 dans un pliable, mais pas encore le mettre officiellement dans beaucoup de poches hors de Chine.
Le pliable ne peut plus utiliser sa charnière comme excuse
Pendant plusieurs générations, les téléphones pliables ont demandé d'accepter une batterie plus petite, une photo moins ambitieuse ou un prix énorme au nom de leur mécanique complexe.
Le Xiaomi 18 Fold ne supprime pas tous les compromis. Il reste épais fermé, sa pliure est toujours visible sous certains angles et son lancement international est inexistant pour l'instant.
Mais sa fiche technique déplace la ligne.
Une batterie de 6 000 mAh tient dans 219 g. Un périscope tient à côté d'un capteur 200 MP. Un SoC maison de 3 nm tient dans le même châssis.
À partir de là, les concurrents auront un peu plus de mal à expliquer pourquoi un téléphone pliable très cher doit forcément embarquer moins qu'un flagship classique.