Le changement était presque devenu étrange par son absence. Honor, Oppo, OnePlus, Xiaomi et d'autres constructeurs utilisent déjà depuis plusieurs générations des batteries enrichies en silicium pour caser davantage d'énergie dans des smartphones toujours plus fins. Samsung restait largement fidèle à une chimie plus conventionnelle.

Les Galaxy Z Fold8 Ultra, Z Fold8 et Z Flip8 mettent fin à cette exception. Samsung a confirmé que les trois utilisent une anode silicium-carbone.

Ce n'est pas seulement une ligne supplémentaire sur une fiche technique. Dans un pliable, chaque fraction de millimètre disputée par la batterie est aussi réclamée par la charnière, l'écran, les caméras, la structure et le refroidissement.

Le silicium stocke davantage, mais il gonfle aussi davantage

Le graphite reste le matériau d'anode dominant des batteries lithium-ion parce qu'il est relativement stable et bien maîtrisé industriellement. Le silicium offre une capacité théorique de stockage du lithium nettement supérieure. Le problème arrive pendant les cycles de charge et de décharge : il change beaucoup plus de volume.

Cette expansion mécanique peut fissurer progressivement la structure de l'électrode, perturber l'interface avec l'électrolyte et accélérer la perte de capacité. C'est précisément pour cette raison que les fabricants ne remplacent pas simplement tout le graphite par du silicium pur.

Une anode dite silicium-carbone cherche un compromis. Le silicium augmente la quantité de lithium stockable, tandis que la matrice carbonée aide à contenir les contraintes mécaniques et à maintenir les chemins conducteurs.

Samsung n'a pas communiqué la proportion exacte de silicium utilisée dans ses nouvelles cellules. Le constructeur indique seulement avoir optimisé ce taux et utiliser le même pour ses trois nouveaux pliables.

Samsung dit avoir dû revoir la batterie entière

Dans un entretien technique publié après le lancement, les ingénieurs de Samsung expliquent que l'anode n'était qu'un morceau du problème. Les matériaux silicium-carbone étant plus réactifs, maintenir la stabilité à long terme sous forte tension a demandé une optimisation du système complet.

Samsung cite notamment l'électrolyte, le séparateur, la structure de la cellule, le contrôle de l'expansion et l'intégrité mécanique parmi les éléments retravaillés.

Autrement dit, le gain de densité ne vient pas d'une substitution isolée de matériau. La cellule et le téléphone ont été conçus autour de cette nouvelle contrainte.

Le Fold8 Ultra montre ce que Samsung gagne réellement

Le Galaxy Z Fold8 Ultra embarque une batterie typique de 5 000 mAh. Dans le même temps, Samsung annonce seulement 4,1 mm d'épaisseur lorsque l'appareil est ouvert.

Le Fold8 standard atteint 4 800 mAh et le Flip8 conserve 4 300 mAh. Ce dernier est particulièrement révélateur : sa capacité ne progresse pas face au Flip7, mais Samsung a pu affiner le châssis sans la réduire.

L'écran a participé au travail. Samsung indique avoir aminci sa structure d'environ 10 %, récupérant de l'espace interne ensuite redistribué à la batterie, au refroidissement et aux autres composants.

La chimie seule ne fait donc pas les 5 000 mAh. Elle donne davantage de latitude aux ingénieurs à l'intérieur d'un volume qui, lui, continue de diminuer.

La charge a elle aussi été redessinée

Les Fold8 et Fold8 Ultra utilisent une architecture de charge dite dual-path. Samsung répartit davantage le courant à travers le système de batterie afin de limiter les concentrations thermiques et d'améliorer la stabilité à puissance élevée.

Le Fold8 Ultra prend en charge 45 W en filaire. Samsung annonce environ 67 % de charge en trente minutes dans ses conditions de test.

Le Flip8 reçoit une architecture différente, adaptée au volume plus contraint d'un appareil à clapet. C'est un détail assez révélateur : la même chimie n'implique pas nécessairement la même électronique de charge lorsque la géométrie interne change complètement.

Le chiffre qui tempère l'enthousiasme : 1 200 cycles

La densité énergétique n'est qu'une moitié de l'équation. L'autre est la vitesse à laquelle cette capacité disparaît au fil des années.

Les fiches énergétiques européennes des Galaxy Z Fold8 Ultra, Fold8 et Flip8 indiquent une endurance de 1 200 cycles avant de descendre à 80 % de la capacité initiale. Ce niveau reste conséquent pour un smartphone, mais les Galaxy Z Fold7 et Z Flip7 étaient certifiés jusqu'à 2 000 cycles selon les mêmes données réglementaires.

Impossible d'attribuer toute cette différence au seul silicium-carbone : la certification concerne le produit et son système de batterie complet. Elle rappelle néanmoins que la densité maximale n'est pas gratuite.

Samsung affirme avoir travaillé sur la stabilité et la fiabilité à long terme, mais ne publie pas le détail de son mélange silicium-carbone. Pour comprendre précisément où se situe le compromis chimique, ce chiffre manque encore.

Les premiers tests montrent surtout l'intérêt sur les Fold

Tom's Guide a mesuré 14 h 09 d'autonomie sur le Fold8 Ultra et 12 h 20 sur le Fold8 dans son protocole. Le précédent Fold7 atteignait 10 h 44. Le gain observé sur le modèle Ultra est donc particulièrement important, même si le nouveau SoC, l'écran et les optimisations logicielles participent évidemment au résultat.

Le Flip8 raconte une histoire différente. Avec les mêmes 4 300 mAh que son prédécesseur, il atteint 12 h 50 contre 12 h 24 pour le Flip7 dans ce même test. Le bénéfice de la nouvelle batterie s'exprime ici davantage dans la réduction de l'épaisseur que dans une explosion de l'autonomie.

C'est probablement la meilleure manière de lire le silicium-carbone sur cette génération. Samsung ne l'utilise pas encore pour courir après les capacités de 6 000 ou 7 000 mAh vues ailleurs. La marque s'en sert d'abord pour récupérer de l'espace dans ses produits les plus difficiles à miniaturiser.

Samsung adopte la technologie, mais très prudemment

Cette première génération ressemble davantage à une validation industrielle qu'à une course aux chiffres. Samsung ne révèle ni le pourcentage de silicium ni une densité énergétique précise en Wh/L, et les capacités restent relativement conservatrices face à certains concurrents.

Pour les pliables, le choix se défend. Une batterie qui change davantage de volume pendant les cycles doit cohabiter avec un châssis extrêmement mince, une charnière et deux demi-coques où l'espace perdu se compte en fractions de millimètre.

Le Fold8 Ultra atteint tout de même 5 000 mAh à 4,1 mm ouvert. Après des années à regarder ses concurrents pousser le silicium toujours plus loin, Samsung vient surtout de montrer qu'il considère désormais la technologie assez mûre pour entrer dans un Galaxy.