256 cœurs Zen 6c contre 88 cœurs Olympus

AMD a publié de nouveaux détails sur les performances de sa génération EPYC 9006 « Venice », basée sur Zen 6. Dans le test SPEC CPU 2026 intrate, qui mesure principalement le débit lorsqu’un processeur exécute de nombreuses instances simultanément, l’EPYC 9996 à 256 cœurs obtient selon AMD un résultat 2,24 fois supérieur à celui du Nvidia Vera à 88 cœurs.

Le même graphique place le 9996 à 2,37 fois le niveau d’un Intel Xeon 6980P à 128 cœurs. Par rapport au précédent EPYC 9965 à 192 cœurs Zen 5c, AMD revendique environ 78 % de progrès générationnel.

C’est précisément le type de workload où 256 cœurs Zen 6c peuvent faire parler la densité. SPEC Rate récompense le débit agrégé, pas seulement la vitesse d’un thread isolé.

AMD descend à 96 cœurs pour parler performance par cœur

La comparaison devient différente lorsque le constructeur veut mesurer la performance par cœur. AMD utilise alors une version haute fréquence de Venice limitée à 96 cœurs et la confronte au Vera à 88 cœurs.

Sur cette base, AMD annonce environ 20 % d’avance par cœur dans SPEC CPU 2026. L’intérêt est évident : le résultat ne peut plus être expliqué uniquement par le fait de mettre presque trois fois plus de cœurs dans le socket.

Mais la configuration mérite d’être regardée. Dans certaines mesures publiées autour de cette comparaison, le Venice à 96 cœurs dispose d’une enveloppe pouvant atteindre 600 W alors que le SKU haute fréquence est annoncé jusqu’à 500 W dans sa configuration commerciale. Ce n’est pas forcément problématique pour une expérimentation de plateforme, mais ce n’est pas un détail à jeter au pied de la slide.

Le compilateur casse un peu le joli « apples-to-apples »

La réserve la plus importante concerne le logiciel. Nvidia avait publié ses résultats Vera avec GCC 15.2. Dans une partie des nouvelles comparaisons, AMD utilise GCC 16.1 pour Venice.

Ce choix n’est pas absurde : GCC 16.1 apporte notamment des optimisations et une meilleure prise en charge de Zen 6. Il signifie simplement que les deux processeurs ne sont plus mesurés avec exactement la même chaîne de compilation.

Un changement majeur de compilateur peut modifier les performances des binaires. Selon la charge, l’écart peut être faible, favorable ou défavorable, mais il suffit à empêcher de présenter mécaniquement le graphique comme une comparaison strictement identique.

AMD avait auparavant effectué certaines mesures SPEC avec GCC 15.2 des deux côtés. Les nouveaux résultats sont plus riches, pas nécessairement plus simples.

La bande passante mémoire est un autre duel intéressant

AMD publie aussi des résultats STREAM Triad, un benchmark classique de bande passante mémoire. La configuration Venice atteint 1 298 Go/s contre 1 099 Go/s pour Vera dans les chiffres présentés, soit environ 18 % d’écart.

Par cœur, AMD calcule un avantage d’environ 8 %. Là encore, il faut regarder la configuration : le Venice utilisé est ramené à 96 cœurs et fonctionne avec de la DDR5 sur 16 canaux, tandis que Vera s’appuie sur de la LPDDR5X via ses modules SOCAMM.

Nvidia a précisément beaucoup insisté sur cette architecture mémoire lors de la présentation de Vera. Le processeur embarque 88 cœurs Olympus et vise les charges d’IA agentique où exécution de code, sandboxing, orchestration et mouvement de données peuvent maintenir le CPU très occupé à côté des GPU.

Venice ne se limite pas à un monstre à 256 cœurs

Le haut de gamme EPYC 9996 utilise les cœurs Zen 6c denses et atteint 256 cœurs et 512 threads. AMD prévoit parallèlement des Venice classiques jusqu’à 128 cœurs, des variantes haute fréquence jusqu’à 96 cœurs et une famille Venice-X équipée de cache 3D V-Cache.

Le 9996 peut disposer jusqu’à 1 024 Mo de cache L3. La plateforme ajoute également 16 canaux mémoire et repose sur un packaging largement remanié par rapport aux générations précédentes.

AMD produit Venice sur le procédé N2 de TSMC. C’est surtout la densité de la version 256 cœurs qui lui permet de viser les serveurs fortement parallèles sans abandonner les modèles haute fréquence destinés aux charges plus sensibles à la performance individuelle des cœurs.

AMD parle maintenant beaucoup d’« agentic AI »

Une partie du white paper abandonne les benchmarks généralistes pour des scénarios qu’AMD regroupe sous l’étiquette « agentic AI ». On y trouve pourtant des briques très classiques : NGINX, FAISS, bases SQL, TPCx-AI ou encore exécution de plusieurs personas logiciels.

Le vocabulaire change plus vite que les serveurs. Un agent capable de lancer du code, consulter une base, manipuler un index vectoriel et orchestrer plusieurs outils finit effectivement par solliciter énormément le CPU, même lorsque le modèle principal tourne sur des accélérateurs.

C’est aussi la raison pour laquelle Nvidia pousse Vera et AMD Venice au même moment. Les GPU restent le morceau spectaculaire de la machine, mais quelqu’un doit faire tourner les bases de données, les runtimes, les sandboxes, les services web et toute l’orchestration autour.

Le résultat générationnel est peut-être le plus propre

Comparer deux architectures concurrentes avec des compilateurs, des mémoires et des philosophies de conception différentes laisse toujours une marge de discussion. Le résultat le moins ambigu dans les données d’AMD est probablement celui qui oppose Venice à son propre prédécesseur.

Dans SPEC CPU 2026 intrate, le passage du 9965 à 192 cœurs au 9996 à 256 cœurs donne environ 78 % de débit supplémentaire selon AMD. D’autres charges cloud, SQL, Java, cryptographie et HPC montrent également des gains importants par rapport à Turin.

Cela reste à confirmer lorsque des laboratoires indépendants disposeront des différentes références EPYC 9006 dans des serveurs commerciaux. Les graphiques d’AMD donnent déjà une assez bonne idée de l’ambition. Pour savoir qui bat réellement Vera à puissance, coût et logiciel comparables, il faudra encore attendre les mêmes machines sur les mêmes bancs.