La Solana Foundation est revenue le 14 septembre sur un incident survenu un mois plus tôt, le 12 août. Une panne de routage chez TeraSwitch, un important fournisseur d’infrastructure utilisé par des validateurs, a rendu indisponible près de 29 % du stake du réseau.
Les blocs ont continué à être produits et des transactions ont continué à entrer dans la chaîne. Le fournisseur a récupéré en un peu plus de 30 minutes selon la Fondation.
Vu uniquement à travers l’indicateur d’uptime, Solana n’est donc jamais tombé.
28,83 % hors ligne, pour un seuil critique à 33,34 %
Les données publiées au moment de l’incident placent le pic de stake défaillant à 28,83 %. Le consensus de Solana a besoin de plus des deux tiers du stake actif pour finaliser les blocs.
À partir d’environ 33,34 % de stake indisponible, la chaîne peut continuer à produire des blocs mais ne dispose plus de la supermajorité nécessaire pour les rendre irréversibles selon son mécanisme de consensus.
La marge pendant l’incident n’était donc que d’environ 4,5 points de pourcentage.
Solana Compass estime qu’environ 90 validateurs ont été touchés simultanément. Ce n’est pas leur nombre brut qui posait problème, mais le poids de stake qu’ils représentaient tous derrière une même dépendance d’infrastructure.
Le réseau produisait encore des blocs, la finalité était beaucoup moins saine
C’est ici que les différentes lectures de l’incident deviennent intéressantes. La Solana Foundation insiste sur le fait que le réseau a continué à fonctionner, avec 100 % d’uptime au sens de la production de blocs.
L’analyse technique publiée par Metrika montre cependant un autre signal. Selon ses observations, aucun bloc n’a atteint la finalité pendant environ une demi-heure au plus fort de l’incident, avant qu’un important retard ne soit résorbé lorsque les validateurs ont commencé à revenir.
Metrika mesure alors une pointe autour de 1 600 secondes entre la production d’un bloc et sa finalisation, contre environ 13 secondes en situation habituelle.
Ce n’est pas la même chose qu’un arrêt complet de la blockchain. Les blocs existaient toujours. Pour une application qui considère cependant la finalité comme la frontière à partir de laquelle un règlement devient irréversible, la différence est loin d’être académique.
Le débit utilisateur a lui aussi chuté
La disparition simultanée d’une part aussi importante des validateurs a eu d’autres effets visibles. Metrika indique que le taux de slots sautés a dépassé 32 %, contre moins de 1 % dans des conditions normales.
Le débit de transactions non liées aux votes est également tombé sous les 300 transactions par seconde au plus bas de l’incident, contre une plage habituelle d’environ 1 100 à 1 300 dans les données observées par la société.
La chaîne n’était donc pas « hors ligne », mais elle ne fonctionnait clairement pas comme lors d’une journée ordinaire.
Le vrai problème était la concentration derrière un fournisseur
La Solana Foundation reconnaît elle-même le risque de concentration. Elle indique qu’en 2025 TeraSwitch hébergeait environ 38 % du stake du réseau.
Des efforts avaient ensuite été engagés pour ramener cette proportion sous les 30 %. C’est précisément ce changement que la Fondation présente aujourd’hui comme l’une des raisons ayant permis au réseau de rester sous le seuil dangereux le 12 août.
Le cas illustre une limite classique des mesures de décentralisation basées uniquement sur le nombre de validateurs. Cent validateurs peuvent appartenir à cent opérateurs différents tout en dépendant du même centre de données, du même fournisseur réseau ou du même chemin de routage.
Sur le papier, ils sont séparés. Au moment où le routeur tombe, beaucoup moins.
Devnet a perdu encore davantage et s’est rétabli seul
La Fondation cite aussi le comportement de Devnet. Selon elle, environ trois quarts du stake de ce réseau de développement ont disparu pendant le même incident.
Devnet aurait pourtant récupéré automatiquement sans redémarrage coordonné. La Fondation utilise ce point pour défendre l’idée que plusieurs années de modifications du réseau ont amélioré sa capacité à absorber puis réparer certaines défaillances d’infrastructure.
Elle rappelle notamment l’introduction du stake-weighted quality of service et la refonte du scheduler de transactions après des problèmes rencontrés plus tôt dans l’histoire de Solana.
100 % uptime reste vrai, mais ce n’est qu’une métrique
Solana n’a pas connu d’arrêt complet de production depuis février 2024, ce qui permet à la Fondation de revendiquer 100 % d’uptime sur cette période.
L’incident TeraSwitch montre précisément pourquoi ce chiffre ne peut pas être utilisé seul pour mesurer la santé d’un réseau financier. Un système peut produire ses blocs tout en accumulant des retards de finalité, des slots manqués et une baisse brutale du débit utilisateur.
Pour un utilisateur qui envoie quelques tokens, la différence peut passer inaperçue. Pour une infrastructure qui utilise la finalité comme limite de règlement, elle est beaucoup plus importante.
Le 12 août, Solana a effectivement encaissé la disparition de 28,83 % de son stake sans arrêt complet. Il restait environ 4,5 points avant que l’incident prenne une toute autre dimension.