L'IFA 2026 a fait apparaître plusieurs machines construites autour du même changement matériel.
Le Ryzen AI Max+ PRO 495 d'AMD porte la capacité maximale de mémoire unifiée de cette famille à 192 Go.
GMKtec l'utilise dans son EVO-X5 Pro. ACEMAGIC propose la même puce dans son F9A PRO 495. MINISFORUM l'a également choisie pour ses nouvelles machines IA, tandis que Lenovo l'emploie dans le ThinkCentre X Ultra avec une configuration mémoire plus conservatrice.
Ce n'est donc plus un prototype isolé. Une catégorie est en train de se former.
160 Go peuvent être attribués au GPU
La caractéristique la plus inhabituelle du Ryzen AI Max+ PRO 495 n'est pas son nombre de cœurs.
Elle se trouve dans la façon dont CPU et GPU accèdent à la mémoire.
Sur les configurations 192 Go de GMKtec et ACEMAGIC, jusqu'à 160 Go peuvent être réservés au Radeon 8065S comme mémoire graphique.
Ce n'est pas 160 Go de VRAM physique séparée.
La LPDDR5X forme un pool unifié dont une portion peut être consacrée au GPU selon les besoins.
Une RTX 5090 reste plus rapide, mais elle n'a pas 160 Go de VRAM
Cette différence change complètement le type de comparaison pertinent.
Un GPU discret haut de gamme possède beaucoup plus de puissance brute et surtout une bande passante mémoire nettement supérieure.
Pour un modèle qui tient confortablement dans sa VRAM, il reste généralement la solution la plus rapide.
Mais un modèle ne peut pas exploiter une puissance de calcul qu'il est impossible de charger entièrement dans la mémoire disponible.
C'est là que 160 Go changent la discussion.
Le problème des gros modèles est souvent la capacité avant la puissance
Un modèle de langage contient des milliards de paramètres qui doivent être stockés quelque part pendant l'inférence.
La quantification permet de réduire leur taille en représentant les poids avec moins de bits.
Un modèle de 70 milliards de paramètres peut ainsi devenir relativement accessible sur une machine locale correctement équipée.
À 200 ou 300 milliards de paramètres, même une quantification agressive demande rapidement des dizaines ou plus d'une centaine de gigaoctets.
Une carte possédant 24 ou 32 Go de VRAM oblige alors à décharger une partie du modèle vers la RAM système ou à utiliser plusieurs GPU.
Le Ryzen AI Max+ PRO 495 évite une partie de cette frontière en donnant directement accès au même vaste pool de mémoire.
GMKtec revendique des modèles jusqu'à 300 milliards de paramètres
Le constructeur présente l'EVO-X5 Pro comme capable d'exécuter localement et hors ligne des LLM atteignant 300 milliards de paramètres.
Cette phrase mérite toutefois une précision importante.
Dire qu'un modèle « tient » et dire qu'il fonctionne rapidement sont deux choses très différentes.
Le résultat dépend de la quantification, de la longueur du contexte, du backend utilisé et de la quantité de mémoire réellement laissée au système.
GMKtec ne promet pas qu'un modèle dense de 300 milliards de paramètres tourne aux mêmes débits qu'un petit modèle de 30 milliards.
273 Go/s de bande passante : énorme pour un PC intégré, modeste face à une carte dédiée
La LPDDR5X-8533 offre autour de 273 Go/s de bande passante sur l'EVO-X5 Pro selon GMKtec.
C'est beaucoup pour une plateforme compacte à mémoire unifiée.
C'est également très loin des bandes passantes pouvant dépasser le téraoctet par seconde sur certaines cartes graphiques haut de gamme.
Pour les LLM, cette différence peut directement limiter la vitesse de génération des tokens, surtout lorsque le modèle est assez gros pour solliciter continuellement l'ensemble de ses poids.
La grande capacité résout donc le problème « est-ce que cela tient ? » avant de résoudre « est-ce que cela va vite ? ».
Le Ryzen AI Max+ PRO 495 reste un Strix Halo fortement rafraîchi
AMD n'a pas complètement changé l'architecture du processeur.
Le Ryzen AI Max+ PRO 495 conserve 16 cœurs Zen 5 et 32 threads.
Le Radeon 8065S reste basé sur RDNA 3.5 avec 40 unités de calcul.
Le GPU atteint désormais jusqu'à 3 GHz.
Le NPU XDNA 2 fournit jusqu'à 55 TOPS.
La progression la plus structurante par rapport au Ryzen AI Max+ 395 est donc cette capacité mémoire portée à 192 Go, avec LPDDR5X-8533 au lieu d'un plafond de 128 Go en LPDDR5X-8000 sur la génération précédente.
131 TOPS n'est pas le nombre à regarder pour un gros LLM
Certains constructeurs annoncent jusqu'à 131 TOPS en combinant les différents moteurs de calcul de la plateforme.
Ce chiffre agrège CPU, GPU et NPU dans des conditions spécifiques.
Il ne représente pas le débit d'un modèle de langage.
Le NPU XDNA 2 lui-même est annoncé à 55 TOPS.
Et pour un gros LLM exécuté sur le Radeon 8065S, la bande passante mémoire, la précision utilisée et l'efficacité du backend comptent souvent davantage qu'un total théorique de TOPS.
Le GMKtec EVO-X5 Pro ressemble davantage à une petite workstation qu'à un NUC
GMKtec accompagne les 192 Go d'un refroidissement comprenant une chambre à vapeur et trois ventilateurs.
La machine propose plusieurs modes de performance et a été validée par le constructeur pour un fonctionnement continu 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Le stockage peut atteindre 24 To.
La connectique comprend deux USB4 à l'avant et deux USB4 v2 à l'arrière, en plus d'une prise en charge de GPU externe.
GMKtec ajoute aussi DASH pour l'administration à distance et un dTPM 2.0, signe que le constructeur vise autant les petites infrastructures professionnelles que les passionnés d'IA locale.
Plusieurs de ces machines peuvent aussi travailler ensemble
La prochaine étape consiste logiquement à relier plusieurs boîtiers.
GMKtec prévoit une interconnexion USB4 v2 pour créer des environnements de calcul distribués.
Lenovo pousse la même idée avec son ThinkCentre X Ultra, dont jusqu'à quatre exemplaires peuvent être regroupés pour augmenter les ressources disponibles pour les modèles et les workflows multi-agents.
Cela ne signifie pas que quatre machines additionnent automatiquement toute leur mémoire comme si elles formaient un GPU unique.
Le logiciel doit être conçu pour distribuer le modèle ou les requêtes entre les différents nœuds.
ACEMAGIC met les mêmes 192 Go dans environ deux litres
Le F9A PRO 495 montre que la configuration n'est pas réservée à un seul fabricant.
ACEMAGIC annonce lui aussi jusqu'à 192 Go de LPDDR5X-8533 et jusqu'à 160 Go configurables pour le Radeon 8065S.
Le boîtier reste proche de deux litres.
Il propose également deux emplacements NVMe PCIe 4.0, USB4 et une interface OCuLink destinée notamment aux périphériques PCIe externes.
La machine illustre bien le nouveau positionnement : les dimensions restent celles d'un mini-PC, mais la quantité de mémoire n'a plus rien de miniature.
192 Go soudés rendent aussi la machine impossible à faire évoluer
Toute cette bande passante repose sur de la LPDDR5X intégrée directement à la plateforme.
Cela apporte une consommation et une bande passante intéressantes, mais supprime la modularité de barrettes DIMM classiques.
Un modèle 64 Go ne pourra donc pas forcément être transformé quelques années plus tard en modèle 192 Go en changeant quatre barrettes.
Pour l'acheteur, le choix de mémoire devient une décision prise à l'achat pour toute la durée de vie de la machine.
La mémoire énorme ne résout pas non plus le refroidissement
Exécuter un gros modèle pendant plusieurs heures n'est pas comparable à ouvrir un navigateur web.
Le CPU et le GPU peuvent fonctionner à forte charge pendant de longues périodes.
Dans un boîtier compact, la température finit donc par décider de la fréquence réellement soutenue.
C'est pourquoi GMKtec utilise trois ventilateurs et une chambre à vapeur alors que la machine reste un mini-PC.
Le débit mesuré après trente minutes d'inférence sera beaucoup plus intéressant que la fréquence maximale inscrite sur la fiche technique.
Le prix pourrait être le principal obstacle
Les configurations 192 Go les plus intéressantes n'ont pas encore toutes reçu leur tarif final.
Mais cette quantité de LPDDR5X haut débit est coûteuse, et le reste de la plateforme ne cherche pas non plus l'entrée de gamme.
Le ThinkCentre X Ultra de Lenovo, qui se limite à 128 Go dans ses configurations annoncées, doit déjà démarrer autour de 3 700 dollars en novembre.
Il serait donc imprudent d'imaginer que les mini-PC 192 Go vont immédiatement concurrencer une tour grand public à 1 000 euros.
Ils attaquent plutôt une autre équation économique
Une workstation dédiée à l'IA peut nécessiter plusieurs cartes graphiques uniquement pour obtenir assez de mémoire.
À ce moment-là, le prix, l'alimentation, la chaleur et le volume changent très vite d'échelle.
Un boîtier de quelques litres avec 160 Go disponibles pour le GPU ne gagnera pas forcément en débit.
Il peut en revanche faire fonctionner un modèle qui exigerait autrement une architecture multi-GPU beaucoup plus coûteuse.
Pour certains développeurs, chercheurs indépendants et entreprises travaillant avec des données confidentielles, c'est une proposition entièrement différente.
Le mini-PC ne cherche plus seulement à remplacer une tour
Cette génération montre un déplacement intéressant du marché.
Le mini-PC traditionnel cherchait à fournir suffisamment de puissance bureautique ou multimédia dans le plus petit volume possible.
Les nouvelles machines Ryzen AI Max+ PRO 495 cherchent à devenir des serveurs personnels d'inférence.
Elles peuvent rester allumées, conserver des modèles en mémoire et traiter localement des documents que leurs propriétaires ne veulent pas envoyer dans le cloud.
Le chiffre qui permet cette transformation n'est pas 55 TOPS, ni 5,2 GHz.
C'est 192 Go.
Pour une fois, la caractéristique la plus intéressante d'un nouveau PC ressemble moins à une course au processeur qu'à une victoire de la RAM.